Edito 2024
De la fondation de son Théâtre des 13 Rangs, en 1959 à Opole, à son exil à Pontedera en Italie, Jerzy Grotowski (1933-1999) a développé un nouvel art dramatique basé sur l’art de l’acteur. Un «théâtre pauvre». Un théâtre de la confrontation avec le mythe porté par un petit groupe d’acteurs formés à sa méthode, qui lui vaut d’être aujourd’hui considéré comme l’un des grands réformateurs de sa discipline. Dans son désir de «confrontation avec le mythe», Jerzy Grotowski a développé une large connaisance des techniques d’entraînement de l’acteur d’Europe et d’aileurs, mais aussi de différentes pratiques rituelles. Il s’est entouré de scientifiques, notamment d’anthropologues et de psychologues.
Le dimanche 14 janvier marquera les 25 ans de sa mort.
Pour célébrer son héritage, le T.E.C. vous ouvrira ses portes. Plusieurs vidéos d'archives seront projetées (du T.E.C. et du travail du dramaturge), accompagnées par des Formes Radicales, mises en scène par Elizabeth Czerczuk.
Entrée libre
16 h - 19 h

Divine Saint-Sylvestre au T.E.C.
Sarah Bernhardt, surnommée « monstre sacré » par Cocteau, sera à l’honneur pour cette Saint-Sylvestre au T.E.C. Une soirée enchanteresse vous sera proposée, ponctuée par une performance fusionnant danse et contrebasse, accompagnée d'un repas franco-polonais.
Venez, seul ou accompagné !
Réservations obligatoires par courriel à contact@
Elizabeth Czerczuk et l'équipe du T.E.C. vous souhaitent de très belles fêtes de fin d'année.
La 4e édition du Festival des Formes Radicales se déroulera du 27 au 30 novembre 2025 au Théâtre Elizabeth Czerczuk.

PROGRAMME
Thème : « La liminalité »
JEUDI 27 NOVEMBRE :
VENDREDI 28 NOVEMBRE :
SAMEDI 29 NOVEMBRE :
ARTISTES EXPOSÉS :
X-Tin, Ema Duval, Marcoleptique, Maria Mickos, Valentin Sismann, Richard Negre
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Thème : « l’Absurde »
PROGRAMME
Jeudi 7 décembre :
Vendredi 8 décembre :
Samedi 9 décembre :
Dimanche 10 décembre :
Intervention de l'universitaire Joseph Danan, professeur à l’Institut d’Etudes théâtrales Paris 3 – Sorbonne Nouvelle, et auteur dramatique, durant la table ronde :
"On a déjà évoqué le fait que nous sommes en quête d’un sens à nos existences, et c’est d’autant plus vrai qu’aujourd’hui, les grands discours qui nous permettaient de nous repérer, les idéologies, sans parler de la religion, se sont l’un après l’autre effondrés, et cet effondrement apparemment n’est pas terminé. Et puis il y a ce fameux théâtre de l’absurde. C’est sans doute l’universitaire qui parle en moi, mais je suis toujours très gêné par la récurrence avec laquelle ce terme d’“absurde” revient dans les travaux des étudiants, car il y a le risque que ce terme devienne une étiquette trop commode qui empêche de penser. Ce qui me pose problème avec “l’absurde”, c’est d’essayer de savoir ce que ça recouvre.
Le livre de Martin Esslin paru en 1963, Le Théâtre de l’absurde, qui a consacré cette expression déjà en usage dans les années 1950, regroupe un nombre d’auteurs considérable qui n’ont à peu près rien à voir entre eux. À commencer par Beckett et Ionesco, si différents l’un de l’autre, mais aussi des auteurs comme Adamov, Genet, Arrabal, Max Frisch ou même Pinter... Le risque est celui d’une étiquette trop simple. Mais c’est aussi le problème des notions ou des concepts qui s’usent. Plus récemment on a pu le voir avec la notion de “théâtre post-dramatique” initiée par Hans-Thies Lehmann, devenue une espèce d’étendard commode et, au total, une catégorie “fourre-tout”.
Je me suis donc demandé ce qu’il y avait derrière ce terme. De quoi cet “absurde” est-il le nom ? Et en voyant Amok l’autre soir, j’ai fait une liste de mots qui me venaient à l’esprit, qui seraient susceptibles de se substituer à “l’absurde”... liste que j’ai oubliée sur mon bureau avant de venir ici. De mémoire, on y trouvait :
“Onirisme” : c’est une notion fortement présente quand on voit les spectacles d’Elizabeth, je me permets d’élargir car ce que je veux dire d’Amok, évidemment, vaut aussi pour une grande part pour Aujourd’hui, c’est mon anniversaire puisqu’il y a une esthétique qui est à l’évidence la même, et qui vous caractérise.
“Onirisme”, “cauchemar” qui en est une forme spécifique, “cauchemar de l’Histoire” si je poursuis cette déclinaison (l’Histoire avec un grand H et ses traumatismes).
“Spectres”, “fantômes” (confusion entre les vivants et les morts), “marionnettisation” ou “marionnettes”, “pantins”. Vous ayez une forte tendance – c’est ainsi que je l’ai perçu en tout cas –, à demander à vos actrices et à vos acteurs une forme de mécanique que j’appelle “marionnettisation”. Il faudrait nuancer ou assouplir cette impression, voir comment les actrices ou les acteurs assouplissent précisément cet effet quand vous allez davantage vers la chorégraphie.
En dehors de ces termes, j’avais noté aussi une série de références. Artaud, qui a été évoqué, Gombrowicz évidemment, et puis la Pologne ! Comment ne pas y penser ? C’est très polonais, autant que je puisse en juger. Et puis, tout aussi évidemment, Kantor, votre maître. Et, à la suite de Kantor ou, pour être précis, le précédant, il y a tout ce dont Kantor hérite et qu’on pourrait regrouper sous le terme générique des “avant-gardes”. Les avant-gardes, c’était il y a un peu plus d’un siècle ; en 2024 ce sera le centenaire du manifeste du surréalisme d’André Breton, du premier manifeste, mais avant Breton il y a eu Dada, et c’est vrai que derrière ce terme d’“absurde”, il y a toute une histoire du théâtre – puisque c’est ma spécialité de chercheur –, mais c’est aussi toute l’histoire des formes artistiques qui naît dans les avant-gardes européennes du début du 20e siècle et même avant avec un auteur comme Alfred Jarry si on pense à Ubu roi. Au début du 20e siècle se constitue alors ce qu’on va plus tard nommer “absurde”, à travers le futurisme en Italie, mais aussi le futurisme russe, l’expressionnisme (si présent dans votre esthétique), et à travers dada, bien sûr. J’ai essayé de voir le maximum de choses pendant ce festival, et j’ai souvent pensé à ces avant-gardes, j’ai souvent pensé à dada, aux premières manifestations dada, dans cette espèce de joyeux bordel – pardon ! –, dans lequel vous nous plongez, où surgissent des musiciens, des danseurs, des danseuses, à tous les coins de porte – je parle là de ce qui se passe en dehors des spectacles sur la scène : dans ce spectacle qu’est votre théâtre tout entier. En dehors de la scène, vous faites de votre théâtre un espace mental et esthétique dans lequel tout ça se mêle, se croise. On y rencontre aussi des tableaux, des mannequins et des films.
Alors pour toutes ces manifestations, eh bien, la notion d’absurde, Elizabeth, vous a probablement aidée – puisque vous avez intitulé votre festival ainsi – à cristalliser quelque chose, mais je n’arrive pas à épuiser ces manifestations en les réunissant sous le terme d’“absurde” ; j’ai besoin de trouver d’autres entrées, d’autres notions, d’autres références, celle d’“absurde” me paraissant trop vague.
[...]Je pense qu’il faut distinguer le sentiment existentiel de l’absurde, et le fait de l’utiliser comme catégorie artistique. C’est très différent. Si je peux ajouter une chose – parce que sinon ce serait inépuisable –, c’est que, face à l’absurde, nous ne pouvons pas nous empêcher de chercher du sens. Dans Fin de partie de Beckett, il y a un moment, dans un dialogue entre Hamm et Clov, où l’un des deux dit : “Est-ce que nous ne sommes pas en train de signifier ?” et ça l’épouvante complètement.
Beckett était terrible par rapport à ça, dès qu’on lui posait une question sur Godot, “Godot c’est Dieu ?” “Je n’en sais rien” disait-il, et puis il coupait court à toute tentative d’interprétation. Mais nous, face à une œuvre d’art – enfin… je dis nous –, il me semble que nous ne pouvons pas nous empêcher de chercher du sens. Et j’ajouterai une dernière chose, c’est que peut-être il ne s’agit pas de trouver un sens (à la rigueur, comme je le disais, du sens) mais peut-être que le simple questionnement, le fait de chercher du sens, suffit à faire sens."
Théme : "la catharsis". Après une expérience difficile, planétaire et inédite, le sujet suscite un grand intérêt au niveau international.Originaires entre autres de Colombie, d’Espagne, de Pologne, du Burkina Faso et de France, les artistes sélectionnés présenteront leur travail. À travers leurs pratiques, ils donnent un nouveau souffle en sortant des conventions ordinaires.
« C.A.T.H.A.R.T.I.Q.U.E. » : mot-clé pour entrer dans l'esprit de notre deuxième édition du Festival des Formes Radicales.
Durant quatre jours, les artistes sélectionnés avec leur œuvre : théâtrale, picturale, musicale... s'efforceront, comme dirait Jerzy Grotowski, de « toucher plus que la vérité du quotidien ».
La première édition du Festival des Formes Radicales a été organisée par le T.E.C pour célébrer le 50e anniversaire de la mort de W. Gombrowicz (1904 - 1969)... et ainsi offrir au public l’opportunité de découvrir ou redécouvrir le travail et la philosophie de cet auteur encore trop méconnu du grand public. Le Festival des Formes Radicales est une invitation à pénétrer dans le processus philosophique et artistique de la Radicalité, initiée par W. Gombrowicz, et perpétuée par de nombreux créatifs jusqu’à aujourd’hui, à travers le théâtre, mais aussi la peinture, la sculpture, la musique...
Chers amis du Théâtre,
Pour clore cette année 2023, le T.E.C. vous propose une programmation intense, avec pour point d'orgue la 3e édition du Festival des Formes Radicales.

Le Festival des Formes Radicales revient du 7 au 10 décembre au T.E.C. !
Avec pour thème cette année l'Absurde, notre Festival explorera les eaux profondes de l'incertitude et de la contradiction. Sur ce terrain de jeu fertile et éphémère, l'insensé et l'inexplicable deviennent des éléments constitutifs d'une expérience artistique radicale. Découvrez une riche programmation, offrant 4 jours de diversité artistique, alliant arts plastiques et musique, arts vivants et cinéma.
Le programme complet vous sera adressé en début de semaine.
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Amok, immersion déroutante, vous plongera dans une atmosphère psycho-délirante à travers un dispositif scénique où s’entremêlent la folie des artistes et celle des spectateurs. Dans la lignée de Dementia Tremens, Elizabeth Czerczuk explore le désordre de nos inconscients, dans une expérience cathartique puissante, expression d’une méta-forme théâtrale abolissant la barrière entre émetteur et récepteur.
La première étape de cette création ouvrira notre Festival des Formes Radicales, le jeudi 7 décembre à 20h. |

Ne manquez pas l'ultime représentation de 2023 du Cri d'Yvona, le jeudi 14 décembre à 20h.
Elizabeth Czerczuk réinvente Yvonne, s'inspirant de l'œuvre de W. Gombrowicz dans ce spectacle chorégraphié, salué par le public et les critiques. Une vingtaine de protagonistes évoluent dans un cadre onirique aux touches dantesques et felliniennes, accompagnés par un orchestre déjanté sur scène.

Aujourd'hui, c'est mon anniversaire est de retour avec des scènes inédites. À découvrir le samedi 9 décembre, lors du Festival des Formes Radicales, et le jeudi 21 décembre à 20h.
Dans cette création, inspirée de la dernière partition de Tadeusz Kantor, l'amour et la guerre forment un duo explosif. Dans une ambiance irréelle, le burlesque et le tragique se mêlent subtilement, créant un labyrinthe mystérieux où l'on se perd et se retrouve, porté par ses propres souvenirs et émotions

Le T.E.C. vous ouvre ses portes pour célébrer le passage à la nouvelle année. Cette soirée festive clora l'atelier radical sur Sarah Bernhardt. Venez, seul ou accompagné, partager ce moment de convivialité artistique.
Plus d'informations à venir...
Chers amis du Théâtre,
Si le mois d'octobre fut chargé en émotions avec la première de notre spectacle Le Cri d'Yvona, le mois de novembre n'en sera que plus intense !

La première du Cri d'Yvona (14 octobre) a été jouée à guichet fermé.
Création d'Elizabeth Czerczuk saluée par le journal La Terrasse dans une critique élogieuse
Yvona, âme humble entraînée malgré elle dans une cour royale cruelle, doit faire face à la perversion et l'hypocrisie du monde. Victime expiatoire, sa rébellion aussi candide que radicale est incarnée par son silence tonitruant.
Découvrez Le Cri d'Yvona samedi 11/11 à 20 h, dimanche 26/11 à 17 h et jeudi 30/11 à 20 h.

Avis aux adeptes du théâtre kantorien : Aujourd'hui, c'est mon anniversaire est de retour avec des scènes inédites, le samedi 18 novembre à 20 heures.
Dans cette création, inspirée de l'œuvre testamentaire de Tadeusz Kantor, l'amour et la guerre forment un duo explosif. Dans une ambiance onirique, le burlesque et le tragique se mêlent subtilement, créant un labyrinthe mystérieux où l'on se perd et se retrouve, porté par nos propres souvenirs et émotions.
Retrouvez notre création le samedi 18/11 à 20 h.

Les inscriptions sont ouvertes pour l'atelier radical consacré à Sarah Bernhardt (1844-1923).
Les 21 et 22 novembre, puis les 29 et 30 décembre, le T.E.C. se propose d'explorer l'héritage théâtral de cette légendaire actrice française durant 4 jours intensifs de travail artistique. Une journée se passera en immersion totale dans sa mythique résidence de Normandie. Cet atelier s'achèvera le 31 décembre par une performance sur la scène du T.E.C., suivie d'une soirée festive inspirée par l'art de « la Divine » en fêtant la nouvelle année.

Publié le 16 octobre 2023 - N° 314
Librement inspiré d’Yvonne, Princesse de Bourgogne, de Witold Gombrowicz, Le cri d’Yvona conçu et mis en scène par Elizabeth Czerczuk frappe par son expressivité spectaculaire qui conjugue avec science la danse, le mime et la musique. Un théâtre original et saisissant.
Hors norme, le Théâtre Elizabeth Czerczuk dont le bar est peuplé de mannequins insolites préfigure d’emblée l’originalité du geste artistique de la comédienne et metteure en scène. Un geste irrigué par son attachement aux maîtres de l’avant-garde polonaise des années 1950-1970 – Tadeusz Kantor, Jerzy Grotowski, Henryk Tomaszewski –, et par l’œuvre de ses auteurs de prédilection, Stanislaw Ignacy Witkiewicz (1885-1939) et Witold Gombrowicz (1904-1969), dont Yvonne, Princesse de Bourgogne est l’une des œuvres emblématiques. La fascination d’Elizabeth Czerczuk pour la princesse martyre est selon ses mots « un fil rouge de son travail artistique », qui en 2019 fit naître Yvona, auquel elle ajoute aujourd’hui un cri pour en accentuer l’expressivité radicale. C’est en effet ici l’expressivité des situations qui impressionne, au fil d’une partition quasi sans paroles qui conjugue savamment les effets de la danse, du mime et de la musique. Comme toujours dans ce théâtre, la pièce est conçue comme une plongée immersive et onirique qui interroge le public. Le spectacle orchestre avec précision et acuité une succession de scènes qui disent les heurts et les pulsions qui surgissent dans une société gangrenée par des conventions hypocrites et des repères pervertis, qui se détournent du sort des miséreux et des êtres à la marge.
Un étonnant théâtre corporel et plastique
De petit groupes se font et se défont, figures exubérantes unis par la fête ou pantins marionnettiques soudés par une visée militaire. Vêtus de superbes costumes créés par Joanna Jasko-Sroka, les personnages sont ancrés dans des mécanismes qui accentuent la violence des relations. Un curé qui exulte, des soldats dociles, une cour fêtarde, et Yvonne, princesse, mutique, apathique et laide, qui cristallise les tensions et la haine. C’est Élisabeth qui l’incarne, dans une présence irréductible, touchante, innocente, une présence qui même entravée et moquée s’oppose à la laideur morale du monde, se fait victime expiatoire et miroir de la décadence. Élément structurant très important du spectacle, la musique galvanise la dramaturgie. La trame initiale de la pièce, avec le Prince qui se fiance à la Princesse par défi et l’introduit à la cour, n’est pas si lisible dans cette création hybride, mais peu importe. Spectaculaire et saisissant, ce théâtre corporel et plastique impeccablement modelé par les seize interprètes raconte aussi, à sa manière, l’histoire cruelle d’Yvona.
Agnès Santi

Préparez-vous pour la première du Cri d’Yvona, pièce chorégraphiée librement inspirée de la fable cruelle et métaphysique Yvonne, princesse de Bourgogne, de Witold Gombrowicz. Sous la direction d’Elizabeth Czerczuk, cette création délivre une expérience immersive puissante et émouvante, aboutissement du processus créatif entamé avant l'été.
Yvona, âme humble entraînée malgré elle dans une cour royale cruelle, est peureuse et anémique chez Gombrowicz ; sur la scène du T.E.C., elle incarne courage et rébellion. Son histoire est celle d’une lutte contre la perversion et l’hypocrisie du monde. Personnalité christique dans un monde en déchéance, Yvona devient le miroir de la décrépitude de la Cour.
Une vingtaine d’artistes, comédiens, danseurs et musiciens seront présents sur scène pour vous emporter dans un intense voyage surnaturel, entre rêve et éveil, émerveillement et effroi, accompagné par l’orchestre du T.E.C. et les compositions de Penderecki, Gorecki et Kilar.
Réservez dès maintenant vos billets pour cette grande première du 14 octobre et retrouvez toutes les dates sur notre site internet.
Le cri... d’Yvona résonnera encore en vous bien après le baisser du rideau.
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« Pour Gombrowicz, tout ce qui n’est pas domestiqué, qui n’est pas mûr en nous, est indicible, condamné au mutisme. Et justement, ce mutisme me fascine chez Yvona. Trouver une forme dramatique radicale, susceptible de rendre évident le sens emprisonné dans son for intérieur est pour moi un vrai défi artistique. » — Elizabeth Czerczuk |

Fidèle à son geste artistique qui consiste en une création continue, Elizabeth Czerczuk poursuit son dialogue avec Gombrowicz et explore le mutisme d’Yvona, paria du royaume de Bourgogne…
Pourquoi ces retrouvailles avec Yvona ?
Elizabeth Czerczuk : Il ne s’agit pas d’une recréation : pour moi, la création est continue. On évolue, on apporte un nouveau souffle à chaque représentation. L’essence du spectacle vivant est de se réinventer chaque fois. A l’instar de notre corps, dont les cellules se régénèrent sans cesse, ou de notre psyché toujours mouvante, notre interprétation et notre vision du spectacle fluctuent. En 2019, j’avais pris pour titre Yvona. J’y ajoute aujourd’hui la mention de son cri, comme un symbole d’une radicalité et d’une expressivité accrues. La princesse martyre est depuis des années le fil rouge de mon travail artistique. J’ai joué ce rôle dès mon spectacle de fin d’études en Pologne ; j’ai travaillé la pièce avec les élèves de l’école du Théâtre de Chaillot ; je l’ai reprise après avoir créé le Théâtre Laboratoire, puis en 2019, et enfin aujourd’hui.
Pourquoi une telle fidélité ?
E. C. : Parce que le mutisme d’Yvona m’a toujours interrogée. Gombrowicz considère que tout ce qui n’est pas domestiqué et ordonné est indicible et condamné au mutisme. Ce mutisme me fascine et je lui cherche la forme la plus adéquate. Non seulement par la gestuelle, mais aussi par le verbe, lequel ne passe pas forcément par la parole : sous la torture des conventions et des quolibets, le cri de la victime effrayée est aussi celui d’un être qui cherche à naître. Chez Gombrowicz, Yvona se distingue des autres princesses par sa rébellion. En l’exhibant devant la cour tel un miroir, le prince l’expose à la haine de ceux dont elle devient le reflet : le monde ainsi déstabilisé ne peut que chercher à l’anéantir. Sans pour autant m’opposer à mon aîné, je trouve dans l’attitude de notre commune héroïne un matériau dramatique digne d’être sculpté, ciselé, pour aboutir à une forme radicale susceptible de rendre évident le sens emprisonné dans le silence d’Yvona.
Que se passe-t-il d’autre au T.E.C. ?
E. C. : Nous préparons la troisième édition du festival des Formes Radicales, qui aura lieu du 7 au 10 décembre, avec le concours d’artistes de toutes les disciplines (danse, théâtre, arts plastiques, etc.) à des installations, des spectacles et des concerts. Le festival commence le 7 décembre avec Amok, librement inspiré d’Antonin Artaud, étape initiale d’un nouveau processus de création dont la grande première aura lieu au printemps 2024. Nous reprenons aussi en novembre prochain Aujourd’hui, c’est mon anniversaire, spectacle monté d’après la dernière partition de Tadeusz Kantor. Et nous continuons évidemment les classes de maître, dans le cadre du Laboratoire d’Expression Théâtrale. Sans parler d’un hommage à Sarah Bernhardt, pour le centenaire de son décès.
Propos recueillis par Catherine Robert
CRÉATION ORIGINALE D'ELIZABETH CZERCZUK, LIBREMENT INSPIRÉE DE YVONNE, PRINCESSE DE BOURGOGNE DE WITOLD GOMBROWICZ (1904 - 1969)
« Le Prince Philippe, héritier du trône, rencontre à la promenade cette fille sans charme… sans attrait : Yvona est empotée, apathique, anémique, timide, peureuse et ennuyeuse. Dès le premier instant, le Prince ne peut la souffrir, elle l'énerve trop ; mais en même temps il ne peut pas supporter de se voir contraint à détester la malheureuse Yvona. Et une révolte éclate en lui contre les lois de la nature qui commandent aux jeunes gens de n'aimer que les jeunes filles séduisantes. "Je ne m'y soumettrai pas, je l'aimerai !" Il lance un défi à la loi de la nature et prend Yvona pour fiancée. Introduite à la cour royale comme fiancée du Prince, Yvona y devient un facteur de décomposition. La présence muette, apeurée, de ses multiples carences révèle à chacun ses propres vices, ses propres saletés… La Cour n'est pas longue à se transformer en une couveuse de monstres. Et chacun de ces monstres rêve d'assassiner l'insupportable Yvona. La Cour mobilise enfin ses pompes et ses œuvres, sa supériorité et ses splendeurs, et, de toute sa hauteur, la tue… » W. Gombrowicz
Spectacle théâtral et chorégraphié, Le Cri d'Yvona traduit les différences persistantes entre les êtres, qui conduiront au drame. En pointant du doigt la discrimination, la metteure en scène Elizabeth Czerczuk souhaite souligner la nécessité du métissage – culturel/artistique/social –, métissage indispensable à ses yeux pour donner un nouveau souffle à la société et pourquoi pas empêcher sa destruction. La pièce, dérisoire, porte une tragédie intérieure, la conviction que l'équilibre et la stabilité dépendent des choses matérielles, leurre dans lequel baigne la Cour. Elle dénonce ce matérialisme qui souvent nous empêche de nous connaître et d'être en harmonie avec nous-même.
Théâtre chorégraphié avec une vingtaine d'interprètes danseurs, comédiens et un trio musical sur scène
Conception, mise en scène et chorégraphie : Elizabeth Czerczuk
Représentations :
- samedi 9 novembre 2024 à 20 heures
- jeudi 19 décembre 2024 à 20 heures
DURÉE : 1 heure 15
Ouverture des portes 45 min avant le spectacle pour profiter du bar et du jardin.
GALERIE PHOTOS
RÉSERVATION
Par courriel à l'adresse Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser., par téléphone au 01 84 83 08 80 ou en ligne : réservez ici
VIDÉOS
Chers amis du théâtre,
La saison s’est close magnifiquement dans la joie et le plaisir partagé d’un Chaotique Bal endiablé qui a tenu toutes ses promesses. Cette folle soirée nous a tous réunis, artistes et spectateurs, dans l’amour d’un théâtre d’avant-garde.
Avant de refermer la page de cette saison 2022/2023, nous souhaitons évoquer avec vous les moments forts qui l’ont jalonnée. Nous remémorer ces instants créatifs, souvenirs précieux pour tout passionné d’art dramatique.

Aujourd’hui, c’est mon anniversaire* : fidèle à l’héritage de Tadeusz Kantor, grand maître de l’avant-garde polonaise, le T.E.C. vous a plongés dans l’atmosphère aussi étrange qu'onirique de sa nouvelle création, imprégnée d’une énergie cathartique et libératrice :
« Spectacle nouveau, fait de tableaux vivants, art total qui s'exprime sur scène à travers les corps chorégraphiés des acteurs-danseurs. Ils donnent à voir une performance artistique bouleversante, source d'émotions métaphysiques dans un espace scénique unique en son genre. »
Avis d'un spectateur BilletRéduc
Dementia Tremens* : l’univers subversif de la pièce a fait souffler un vent de folie sur l’espace du théâtre, converti en hôpital psychiatrique déjanté, où démence et humour se sont mélangés en un cocktail explosif.
Processus créatif d’Yvona* : baigné dans une ambiance mystique, cet avant-goût d’une nouvelle création — dont la première constituera le point d’orgue de la rentrée 2023 — a convoqué l’esprit dionysiaque cher à cet écrin parisien, avec un Chaotique Bal exalté, couronnement festif de notre saison théâtrale.

Deuxième édition de nos Lectures chorégraphiées* : consacrée à Jean Genet et son œuvre prolifique, entre théâtre, poésie et cinéma. Dans une atmosphère sensorielle disruptive, libertés textuelle et corporelle ont fusionné sans contrainte à l’occasion d’un spectacle suivi d’une projection et d’une conférence animée par Patrice Bougon et Jean-Christophe Corrado. Cette forme artistique inédite a offert une traduction sensuelle et rythmique de la puissance métaphorique du texte de Jean Genet.
Notre Lecture chorégraphiée, du fait de son succès, fera l’objet d’une nouvelle création théâtrale autour de Jean Genet.

La nouvelle saison théâtrale s’ouvrira avec Aujourd’hui, c’est mon anniversaire* qui fera son retour sur scène, dans une version toujours plus enivrante, agrémentée de scènes inédites, intenses en émotions.
La grande première du Cri d’Yvona* aura lieu le samedi 14 octobre 2023. Ce spectacle nous plongera dans un monde fascinant et surréaliste. Entre le rêve et la veille, entre l’effroi et l’émerveillement, cette fable métaphysique raconte l’affrontement entre l’innocence et la perversion du monde.
Une autre de nos futures créations, Amok, s’inscrira dans la lignée de Dementia Tremens*. Elle se caractérisera par une nouvelle remise en question de sa forme scénographique et proposera un regard renouvelé, plus radical, sur la confrontation de la condition humaine avec la folie.
Une fête de l’art rebelle, le Festival des Formes Radicales*, ouvrira ses portes à tous les artistes et penseurs de la culture, rassemblés autour d’un thème commun : l’Absurde. Début décembre, trois journées artistiques intenses seront ponctuées de spectacles, d'expositions, de concerts et de conférences, avec des moments de convivialité au sein des espaces atypiques du T.E.C.

Découvrez le programme complet de la saison prochaine en pièce jointe
Le Laboratoire d'Expression Théâtrale* vous accueillera dès la rentrée pour assouvir tous vos besoins de formation en art dramatique.

Nous vous souhaitons à tous un bel été et vous donnons rendez-vous dès septembre pour une rentrée tambour battant !
Théâtre Elizabeth Czerczuk
20 rue Marsoulan
75012 Paris
01 84 83 08 80/ 06 12 16 48 39
contact@theatreelizabethczerczuk.fr
