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Matka un objet scénique absolument original

Le culturel ici rencontre la forme du culte. On pénètre l’espace du Théâtre Elizabeth Czerczuk dans une atmosphère, un univers résolument ténébreux et symbolique où les jeux de l’esprit et des sens sont convoqués.
Une ambiance décalée et fantasmagorique qui fait entrer le spectateur dans la pièce avant même de parvenir à la salle. Avec un décorum très poussé, des éclairages suggestifs, l’univers sonore confisqué par un comédien déclamant du Rimbaud, du Beaudelaire, du La Fontaine, on entre directement dans une vision décalée, un rêve, un cauchemar, une fantaisie que la metteure en scène et directrice du lieu à décidé de créer.
Dans la salle, la scénographie et l’installation scénique elles aussi débordent. Du plateau aux gradins tout a été travaillé pour inventer un monde. Sur scène, trois musiciens, différents niveaux de jeu et une série de miroirs sur roulettes qui vont faire évoluer l’espace. Les gradins eux ont été remplacés par une dune en pelouse vert pâle.


Matka signifie mère, en polonais. Mais cette pièce est aussi l’enfant chéri d’Elizabeth Czerczuk qui met en scène et joue. Elle est une ode à un poète multiforme du siècle dernier, Stanislaw Ignacy Witkiewicz. Un drôle de personnage riche de facettes, qui tenta l’aventure d’un théâtre d’avant-garde mais pas seulement. Sa carte de visite aurait porté les mentions suivantes : écrivain, peintre, dramaturge, théoricien de l’art, photographe, soldat dans l’armée du tsar, ethnologue à l’occasion, romancier. Un touche-à-tout exubérant, intellectuel, à moitié philosophe qui finit sa vie en suicide à l’orée de la deuxième guerre mondiale.
C’est cet univers foisonnant, à la fois intellectuel, esthétique et un peu mystique, qui est représenté sur scène. Des danseuses dans des chorégraphies de poupées mécaniques, des costumes démesurés, une permanente partition musicale qui rapproche cette pièce d’un opéra baroque, exalté, excessif. Et c’est cette belle vitalité et ce sens perdu du détail qui fait de ce spectacle un moment incomparable. Avec l’impression parfois d’avoir franchi un siècle pour découvrir un quelque chose comme un théâtre d’art, qui n’existe plus mais dont on soupçonne inconsciemment l’existence. Ce qui fait de Matka un objet scénique absolument original.

 

Bruno Fougniès, Reparts.org

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L’authenticité « Matka », au Théâtre Elizabeth Czerczuk.

 

Sur une verte colline fumante, un parfum d’encens. Enveloppés par le brouillard des gens que l’on entend encore parler, un homme sort du public pour lancer la pièce. Matka descend les escaliers derrière la scène comme une mariée noire aux roses rouges lors de sa dernière marche nuptiale. Matka (mère en polonais) est accompagnée d’êtres fantasmagoriques. Différents codes vestimentaires se mélangent pour créer une esthétique de déchirure, de lambeaux et d’animalité. Un cortège la suit entre pantomime et danse contemporaine; les danseuses apportent l’ivresse et l’accompagnent tantôt dans la jouissance et l’extase, tantôt dans la douleur d’un deuil où le rire burlesque et la sensualité se fondent. Grâce au maintien d’un rythme nerveux et saccadé, le théâtre est d’abord un corps confus. Matka est une recherche de la théorie de la forme pure. Elizabeth Czerczuk compose la pureté d’un théâtre qui explore son propre langage pour s’affranchir de la parole.

Matka est la troisième création d’Elizabeth Czerczuk, librement inspiré de l’œuvre de Stanislaw Ignacy Witkiewicz, elle clôt une trilogie composée par «Requiem pour les artistes» et  «Dementia praecox 2.0». Cette dystopie de relations raconte la vie de Matka et de son fils Léon.  C’est autour de deux personnages que la pièce construit une image féconde de la mère contenant ainsi les prismes de la féminité, métaphorisant l’inceste pour installer un personnage double, le fils-amant, un écrivain improductif incapable de réussir le convenable et le prolifique de la littérature.

Matka est une mère abandonnée aux libations et aux plaisirs mondains cherchant son âme dans le purgatoire. Les dettes, les mensonges, et finalement l’ennui parcourent la scène à travers la promesse de l’amour, de la jouissance et de la délivrance. La féminité est un cercle qui donne naissance à une perte continuelle qui ne s’achève qu’avec la mort. Cependant, le seul lieu possible de confort pour cette mère totale est la famille. Les ancêtres viennent peupler la pièce sortis de coffres et cadencés par des poupées géantes qui dansent la désarticulation produite par l’évocation de ce temps révolu. Les réminiscences sortent d’une pulsion libératrice. Répliques en polonais traduites ou rapportées par l’animateur qui accompagne la pièce, la parole est accusée laissant ainsi la place à la cohésion d’une pièce dont les parties ne peuvent pas être séparées.

Les courtes tirades composent un canevas qui répond à la question, qu’est-ce qu’un artiste  ? Il faut témoigner de la construction de cet univers métaphysique qui résiste au monopole de la parole. Théâtre immersif par l’inclusion du public et par les dispositifs scéniques des panneaux-miroirs que l’on déplace continuellement pour découvrir la profondeur féerique des costumes et maquillage. La disposition de la salle de spectacle est pensée pour la mobilité d’un théâtre interactif et modulable cherchant une nouvelle conception de l’espace qui contient aussi le théâtre comme lieu total. Je recommande vivement de le visiter car il est davantage une expérience d’où l’on sort changé. Purgés du mal, nous éprouvons ce qu’est la légèreté. Sur la scène presque noire, vous n’oublierez jamais l’extraordinaire nudité des pieds des danseuses sur scène.

 

Beatriz Nino, La Galerie Du Spectacle

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Un théâtre baroque profondément singulier.

 

La metteure en scène et comédienne Elizabeth Czerczuk clôt la trilogie Les Inassouvis en s’inspirant librement de Matka (La Mère) de Stanislaw Ignacy Witkiewicz. Un théâtre baroque profondément singulier.

Après Requiem pour les artistes* et son fascinant cortège de morts-vivants, après Dementia Praecox 2.0*, libre adaptation étonnante de la pièce Le Fou et la nonne (1923) de Stanislaw Ignacy Witkiewicz, Elizabeth Czerczuk propose Matka, dernier volet de son triptyque Les Inassouvis, inspiré par la pièce éponyme de son auteur de prédilection. Toujours dans la même veine d’un théâtre total, cathartique, engageant profondément l’âme, et le corps, au point de le parer d’atours spectaculaires. Comme dans certains théâtres traditionnels codifiés, mais avec une liberté singulière dont l’audace fait écho au sens de la dérision et à la tonalité absurde de l’auteur. Méconnu en France, considéré en Pologne comme une figure marquante de l’entre-deux-guerres, Stanislaw Ignacy Witkiewicz, écrivain, peintre et photographe,  allie dans ses œuvres le grotesque et le tragique. S’il a élaboré la théorie de la « forme pure » en art, Elizabeth Czerczuk choisit quant à elle de créer un théâtre total, baroque, plastique et chorégraphié, où la vision catastrophiste de l’auteur se teinte d’espoir grâce à l’art, qui permet à l’être humain de combattre sa finitude et de transcender sa condition. Comme si l’artiste ici devenait une sorte de Sisyphe heureux de porter son lourd fardeau, de tracer un sillon créatif irrigué par toutes sortes d’héritages, de désirs et de manques. Matka convoque le couple formé par la mère et le fils (Elizabeth Czerczuk et Zbigniew Yann Rola), qui se déchirent, mais aussi six danseuses, trois musiciens, et un conférencier (Yann Lemo) qui fait entendre les mots de l’auteur.

Un geste d’artiste libre 

Plus que le nœud des relations filiales, c’est un tableau exubérant et exacerbé de la décadence qui se déploie, celui d’une « humanité qui dégringole » et s’oublie à travers l’alcool ou les drogues, celui d’une interrogation sur le mystère de l’existence malgré l’écrasement de l’individu. L’énergie puissante de la danse, le pouvoir évocateur de la musique et le jeu expressionniste composent un alliage souvent saisissant, où la parole est reléguée à la marge, d’autant plus qu’elle s’énonce par éclats fragmentés (plus ou moins compréhensibles) sans réels dialogues. Ce qui convainc ici est moins la relation au texte et à l’auteur admiré que le geste théâtral même, plastique et chorégraphié, travaillé avec un engagement unique dans la filiation des maîtres polonais – Tadeusz Kantor, Jerzy Grotowski, Henryk Tomaszewski -, et plus généralement du théâtre slave, lorsque faire du théâtre est la vie même à chaque instant. Dans une tonalité surréaliste parfois beckettienne, le théâtre par sa fabrication follement ambitieuse fait écho à l’imaginaire de l’auteur, qui s’élève contre la contamination du mensonge et la « moutonisation définitive ». Les repères spatio-temporels même en sont chamboulés, et les spectateurs sont littéralement pris par la main pour inverser les places, et quitter leur insolite colline verdoyante pour la scène. Comme un appel à la liberté…

 

Agnès Santi, La Terrasse

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