
Lors de cette formation, vous découvrirez une dramaturgie qui met le perfectionnement de la technique au service d’une expression maîtrisée de votre intériorité. Vous renforcerez votre concentration, développerez votre sensibilité en puisant dans la richesse de l’imaginaire pour engager votre corps dans une émotion sensible.
Le travail d’Elizabeth Czerczuk passe par une recherche viscérale des émotions et un investissement total : vocal, gestuel, chorégraphique et émotionnel. Le corps scénique, appelé à accueillir en lui émotions, sensations et impressions, devient sous la direction de cette artiste l’instrument sensible et fin d’une expression qui excède les structures du langage.
Vous travaillerez à développer des personnages grâce à la maîtrise de l’écoute, du tempo et des implicites, en cherchant votre force créatrice, afin d’élaborer une partition scénique. L’objectif est de s’approprier l’espace scénique et de travailler les modes d’expression vocale et corporelle pour atteindre une nouvelle forme d’art qui révèle la vie intérieure des comédiens.
Contenu de la formation :
• Entraînement du corps : préparation physique, travail d’équilibre, excercices de respiration.
• Travail rythmique : développement du sens du rythme en lien avec l’imagination, recherche de l’harmonie.
• Prise de conscience du corps dans l’espace et techniques de mime : développer la notion de contrepoint dans l’espace et l’équilibre de l’acteur.
• Improvisation : oser créer, décider d’un tempo, inventer des mouvements. Tenir compte de l’espace scénique. écouter son partenaire, percevoir l’espace qui l’entoure. Créer un personnage afin d’enrichir l’univers dramaturgique et la vision de la metteuse en scène.
Pour une audition préalable, écrivez à : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.
Tarifs :

Dans le cadre de son Laboratoire d’Expression Théâtrale, le Théâtre Elizabeth Czerczuk ouvre son espace scénique à 4.48 Psychose. Œuvre posthume de la dramaturge Sarah Kane, cette pièce troublante vibre au rythme des affres de la psyché confrontée aux ténèbres assourdissantes du monde. De l’aspiration à retrouver la lumière dans sa propre fin à l’énumération de la posologie de sa thérapie médicamenteuse, Sarah Kane finit son anéantissement par les mots inauguraux terminant sa pièce, s’il vous plaît levez le rideau.
À l’occasion de cet atelier radical, les élèves comédiens sous la direction avisée d’Elizabeth Czerczuk pourront ainsi explorer les puissances créatrices à l’œuvre pour incarner ce paradoxe. Ici, le théâtre commence, là où s’est achevée la vie et perdure, là où le combat contre soi-même peut sans cesse se rejouer.
Informations pratiques

Cet atelier dédié à Sarah Bernhardt se déroule sur 5 jours du 20 au 24 février 2024.
Il s’adresse à tout élève, débutant ou professionnel désireux de faire quatre jours intensifs de pratique théâtrale et chorégraphique ainsi qu’aux comédiens qui souhaitent intégrer le Laboratoire d’Expression Théâtrale (L.E.T.). Cette masterclasse sera l’occasion de s’initier ou de redécouvrir le jeu de Sarah Bernhardt. Les élèves seront plongés dans l’univers de cette rebelle avant-gardiste, mêlé au langage pédagogique de l’école d’Elizabeth Czerczuk. Rythme, voix, prise de parole, impulsion, contrepoint, conscience du corps dans l’espace, autant de recherches qui pousseront les élèves hors de leurs retranchements. Pour conclure cet atelier, les élèves présenteront le fruit de leur travail lors d’une représentation.
Ateliers
Exercices d'Expression Corporelle
Lecture de Textes Théâtraux
Atelier d’improvisation en empruntant le jeu de Sarah Bernhardt
Le samedi 24 février, lecture chorégraphiée et conférence-débat se tiendront dans le sillage de cette master class sur Sarah Bernhardt pour incarner et discuter l'héritage de cette rebelle iconoclaste.
Informations pratiques

Cet atelier de rentrée « A la recherche de personnages » se déroule sur 6 jours
Il s’adresse à tout élève, débutant ou professionnel désireux de faire une semaine intensive de pratique théâtrale et chorégraphique ainsi qu’aux comédiens qui souhaitent intégrer le Laboratoire d’Expression Théâtrale (L.E.T.). Ce stage sera l’occasion de s’initier ou de redécouvrir et de pratiquer les bases essentielles du jeu d’acteur développées par l’école. Pendant cette semaine, les élèves seront plongés dans le langage pédagogique de l’école d’Elizabeth Czerczuk. L’objectif est de sensibiliser les élèves aux notions primordiales que sont le rythme, la voix, la prise de parole, l’impulsion, le contrepoint, la conscience du corps dans l’espace, la recherche des émotions réelles à travers la préparation physique et l’application des techniques d’Etienne Decroux. Cet atelier permettra aux élèves déjà porteurs d’une connaissance théâtrale, chorégraphique, ou non, de consolider et développer les bases et la technique du jeu d’acteur.
Ateliers
- Entraînement du corps :
Préparation physique, travail d’équilibre et de transfert d’appui, exercices de respiration, impulsion intérieure, impulsion extérieure.
- Prise de conscience du corps dans l’espace et techniques de mime :
Prendre conscience de l’espace et de ses obstacles, construire des obstacles imaginaires (mur, tiroirs…) pour développer la notion de contrepoint dans l’espace et l’équilibre de l’acteur, dialoguer avec des objets (chaises, pupitre, journaux …)
- Travail de vocalises :
Découverte de la voix comme instrument sonore, développement de la tessiture de la voix et son placement, ouverture des diverses possibilités de la voix en retrouvant la confiance en soi.
- Travail rythmique :
Prise de conscience de sa propre pulsation intérieure par des exercices adaptés de la méthode Dante Agostini, développement du sens du rythme en mettant à contribution l’intégralité du corps, travail rythmique en dissociant les parties du corps en segments.
L’improvisation : l’acteur comme créateur
- Inviter l’acteur à créer. Il décide du tempo du jeu, des mouvements, des moments de silence.
- Tenir compte de l’espace scénique : recherche d’un mouvement scellant une scène donnée, qui impose et limite le tempo et la pause.
- Écouter son partenaire, s’ouvrir à ses réactions, s’accommoder réciproquement, percevoir l’espace qui l’entoure.
Informations pratiques

« Créer la vie profonde d'un esprit humain et l'exprimer sous une forme artistique. » Constantin Stanislavski (1889-1938)
Pour ce metteur en scène, au cœur du théâtre se trouve une problématique : jouer juste, jouer vrai. Alors que l’époque prônait un jeu grandiloquent et empesée, Stanislavski fait figure d’exception en proposant un jeu fin et sensible. Aujourd’hui encore, le « système Stanislavski », modernisé par Michael Tchekhov, demeure une référence pour les praticiens de théâtre du monde entier.
Ateliers
Apprendre à maîtriser ses émotions, ne pas s'abandonner sans contrôle
- Déclencher le « supraconscient », la mémoire affective et sensorielle
- Évoquer un souvenir qui devient un sous-texte
L'art de création
- S'exercer à la concentration totale, physique et spirituelle
- Régénérer sa vie intérieure dans la répétition
- Chercher un terrain et une atmosphère favorables qui permettent d'accéder à l’âme
Élaborer la partition d'une scène
- Décomposer la scène en tableaux
- Rechercher le rythme des personnages et de l'action
- S'inscrire dans la partition globale du spectacle
L'éthique du comédien
- Apprendre à regarder, à écouter et à entendre ce qui est beau, « c'est une habitude qui élève l'esprit » (Stanislavski)
- Adopter une discipline stricte qui requiert des qualités morales
- Concevoir l'espace scénique comme un espace sacré
Informations pratiques
Le Théâtre Elizabeth Czerczuk vous propose une classe de maître consacrée à "L'imagination créatrice de l'acteur" s'appuyant sur la méthode de Michaël Tchekhov et d'Étienne Decroux. Cette semaine intensive de travail est construite dans une continuité et une confrontation avec le "Système Stanislavski". Elle prépare également les élèves à entrer dans la classe suivante consacrée à Tadeusz Kantor.
Ateliers
On voit le personnage agir, en ressentant au plus profond de lui sa vie. On éprouve les sentiments, non pas en les provoquant avec sa mémoire émotionnelle mais grâce à sa force imaginative. L'acteur lui-même construit, dans une rêverie consciente, un personnage qui a un caractère, une histoire et des états d'âme.
Le geste psychologique
Le geste psychologique qui stimule les sentiments révèle le personnage et constitue sa colonne vertébrale. Le geste psychologique qui stimule les sentiments révèle le personnage et constitue sa colonne vertébrale. Développer la sensibilité au geste, le sens de l'harmonie entre le corps, la voix et la psychologie. Explorer le personnage autrement qu'avec l'intellect. Faire naître le sentiment par une action physique.
Technique d'Étienne Decroux
Le mime corporel, un art dramatique joué exclusivement avec le corps, le mime corporel, un art dramatique joué exclusivement avec le corps. Décomposer les gestes quotidiens pour les recomposer, les dilater, les styliser et leur faire exprimer les mouvements de l'âme. Pratiquer le travail scénique par segments, saccades et immobilité. Rechercher des mouvements qui sortent des profondeurs du corps et font naître des personnages. Créer des actions à base de jeux musculaires : tirer, pousser, soulever un poids imaginaire, etc. Sculpter le personnage de l'intérieur, se confronter à des résistances et à des contrepoids.
Informations pratiques
Interprétation et création ne s’opposent pas, mais s’apposent l’un sur l’autre. Jouer juste exige de dépasser les clichés, d’inscrire la pensée dans le corps et d’incarner avec originalité son empreinte psychologique, ce « grand autre » qu’est le personnage.
La mémoire sensorielle, clé de l’authenticité
L’ouïe, la vue, le toucher, le goût, l’odorat sont de puissantes médiations pour retrouver des émotions enfouies. L’emblématique madeleine de Proust est d’ailleurs pour Lee Strasberg la parfaite illustration de l’équation à résoudre pour atteindre la vérité. Exprimer les émotions depuis l’« intérieur » est fondamental, « sinon, la scène ne serait qu’un espace vide », précise Elizabeth Czerczuk.
Travailler son corps comme un instrument vivant
Vous éveillez votre mémoire sensorielle grâce à des exercices inspirés par Lee Strasberg. Vous musclez votre concentration, développez votre sensibilité, puisez dans la richesse de l’imagination pour engager le corps avec la pensée dans l’action.
Donner vie au personnage
Durant cette phase, vous travaillez sur des exercices de développement de votre personnage. Celui-ci est par essence unique, car façonné par vos propres émotions. À partir d’improvisations, vous procédez à la construction de ses attitudes. La maîtrise de l’écoute, du tempo et des sous-entendus vous permet de devenir « l’acteur comme créateur ».
Informations pratiques

« Il n’y a pas d’humanité ; il y a seulement des bipèdes aussi différents entre eux que les éléphants et les girafes. » Stanislaw Ignacy Witkiewicz (1885-1939)
A l’image de nombreux avant-gardistes, Witkiewicz fut peu désireux de conquérir le grand public : aux critiques acerbes lui reprochant de se complaire dans un non-sens gratuit, il répond que cette forme de théâtre est la seule possible à ses yeux. Son plus grand apport au théâtre contemporain est la théorie de la « forme pure ». D’après lui, l’œuvre d’art doit rester étrangère à toute connexion avec la vie et constituer un monde absolument hermétique. Mais ce n’est pas que le théâtre qu’il réinvente, c’est l’art tout entier qu’il ambitionne de reconstruire (littérature, peinture, philosophie), en réponse à la crise culturelle provoquée par la modernisation qui secoue l’Europe au tournant du XXe siècle.
Ateliers
Analyse théorique et artistique de l'œuvre et de l'auteur
Acteur chez Witkiewicz
- Exercices d'improvisation corporelle fondés sur la forme pure.
- Construction corporelle du personnage, de son comportement et de ses attitudes.
- Compléter le personnage par la parole, remplir les silences et faire vivre les sous-entendus.
Travail pratique sur des scènes de Matka, création d'Elizabeth Czerczuk librement inspiré de Witkiewicz
Informations pratiques

« On ne peut imaginer ni l’objet sans homme, ni l’homme sans l’objet. » Tadeusz Kantor (1915-1990)
Théoricien de l’art, scénographe et metteur en scène illustre du XXe siècle, Kantor est un personnage incontournable du théâtre occidental. Inventeur du théâtre de la mort, partisan d’un art total, il crée un espace dans lequel s’entremêlent les vivants et les morts, où jaillissent les désirs les plus honteux et les réminiscences les plus effrayantes : amour, guerre, crime, peur, haine. Son attitude artistique s’inspire du dadaïsme et du surréalisme, tout en rappelant le théâtre de la cruauté d’Antonin Artaud. Son plus grand triomphe vient avec la première de La Classe morte (en polonais Umarła klasa, 1975), un récit sur le fugitif et le permanent.
Ateliers
Analyse théorique et artistique de l'œuvre et de l'auteur
Acteur chez Kantor, « bio-objet » et « sur-objet »
- Recherche d’un langage physique qui s’instaure dans l’espace théâtral par le décorticage du corps en segments
- L’objet comme incarnation des idées et substitution de l’objet à la parole
- Nécessité de l’objet dans l’espace théâtral, qui devient bio-objet ou sur-objet par la transmission de l’énergie des comédiens à l’objet
Travail pratique sur des scènes du spectacle Banc de l'école d'Elizabeth Czerczuk, créé en hommage à Tadeusz Kantor
Informations pratiques

« L’homme dépend très étroitement de son reflet dans l’âme d’autrui, cette âme fût-elle celle d’un crétin. » Witold Gombrowicz (1904-1969)
Son œuvre, caractérisée par un ton absurde et un goût du paradoxe, a longtemps suscité des critiques mordantes de ses contemporains, qui apprécient peu sa façon de traiter avec légèreté des problèmes existentiels, tels que l’importance de la philosophie et les rapports interpersonnels. Il s’est constamment débattu avec l’histoire difficile de son pays, la Pologne, ce qui se ressent dans ses œuvres profondément ancrées dans la tradition et l’histoire. Son premier roman, Ferdydurke, est aussi celui qui a le plus marqué son époque. Son exploitation des thèmes de l’immaturité et de la jeunesse et sa critique des nobles de la société polonaise l’imposent vite comme l’enfant terrible de la littérature polonaise moderne.
Ateliers
Analyse théorique et artistique de l'œuvre et de l'auteur
Acteur chez Gombrowicz
- Construction du personnage grotesque et dérisoire, développement des techniques de mime
- Formation à l’expression corporelle et vocale : prise de conscience du corps dans l’espace, recherche des émotions réelles, sens du rythme, placement de la voix, pulsation intérieure
Travail pratique sur des scènes du spectacle Yvona d'Elizabeth Czerczuk, librement inspiré de la pièce Yvonne, princesse de Bourgogne de Witold Gombrowicz
Informations pratiques

« Un théâtre où on ne rit pas est un théâtre dont on doit rire. » Bertold Brecht (1898-1956)
Marqué par la Grande Guerre, puis par la montée du nazisme qui interrompt ses représentations et brûle ses œuvres lors de l’autodafé de 1933, Bertold Brecht place au centre de sa démarche la volonté de rompre avec l’illusion théâtrale et de pousser le spectateur à la réflexion. En utilisant des panneaux, des apartés avec le public ou des intermèdes chantés, il force le spectateur à avoir un esprit critique envers ce qu’il regarde. Roland Barthes parle ainsi de « révolution brechtienne », tant son théâtre est en rupture avec la tradition dramatique.
Ateliers
Analyse théorique et artistique de l'œuvre et de l'auteur
La dialectique brechtienne, acteur du « théâtre épique »
- Travail sur l'intégralité de la pièce La Noce chez les fous d'Elizabeth Czerczuk, inspirée de La Noce chez les petits-bourgeois de Bertolt Brecht
- Immersion dans le montage dramaturgique de La Noce chez les fous
- Travail d'acteur sous la direction de la metteure en scène Elizabeth Czerczuk dans l'espace scénique aux côtés des comédiens professionnels
- Développement de la ligne dramaturgique et de la vie intérieure du personnage
Informations pratiques

Le L.E.T. a l’immense plaisir d’accueillir la comédienne Roberta Carreri pour une masterclass exceptionnelle. Cette comédienne-danseuse a rejoint en 1974 l’Odin Teatret d’Eugenio Barba.
Depuis qu’il a vu le jour en 1964, l’Odin Treatret a développé trois champs d’action : l’art, la pédagogie et la recherche. En 2016, la compagnie a été invitée par Ariane Mnouchkine, directrice du Théâtre du Soleil. À cette occasion, les comédiens ont participé à la rencontre « Le prix de l’expérience – Contraintes et dépassements dans le travail de groupe », animée par Georges Banu. Ce colloque est revenu sur les relations qu’entretiennent ces deux compagnies depuis toujours avec les théâtres du monde, et plus particulièrement asiatiques.
Pour sa venue au L.E.T., Roberta Carreri animera la masterclass « La danse des intentions », en collaboration avec l’équipe de l’école. L’objectif est de transmettre les clés et les méthodes pour éveiller la présence du comédien. Cet atelier sera organisé en deux temps. L’accent sera d’abord mis sur la construction d’actions physiques dans l’espace. Il y aura ensuite un travail de la voix et ses différentes résonnances et l’accomplissement d’actions vocales dans l’espace scénique.
Ateliers
- Percevoir la présence du comédien en relation à l’espace et aux autres comédiens
- Éprouver les différentes natures de présences possibles dans l’action que l’on est en train d’accomplir, tout en conservant sa capacité de réaction
- Rechercher la ligne centrale du corps : travailler avec des « in-tensions » et avec l’immobilité dynamique
- Explorer les différentes qualités d’énergie du regard
- Identifier les parties du corps où naissent l’impulsion qui le guidera dans l’espace

Vous êtes danseur et vous souhaitez devenir comédien ? Découvrez notre nouvelle formule, l'atelier intensif de chorégraphie théâtrale, qui se déroulera les 22, 23 et 24 juin au théâtre.
Cet atelier destiné aux danseurs et danseuses qui désirent approfondir la technique du jeu d’acteur est basé sur la mémoire émotionnelle et l'expression corporelle (Stanislavski, Tchekhov, Decroux, Meyerhold).

En 2017, Elizabeth Czerczuk fonde le Laboratoire de Radicalité Artistique, dont l'objectif est de réunir des artistes, philosophes, dramaturges, journalistes et universitaires qui pensent et pratiquent un art alerte.
Chaque printemps, plusieurs journées de rencontres internationales sont ainsi consacrées à un maître de la dramaturgie afin de questionner son apport et son héritage dans l'écriture théâtrale contemporaine.
Vendredi 01er octobre 2021 – 10h30 à 21h

Énoncée par Aristote, puis reprise par la psychanalyse, la catharsis, purification de l’âme par l’art, vient au secours de l’Homme pour l’aider à surmonter ses angoisses.
La catharsis qui nourrit le travail et les recherches d’Elizabeth Czerczuk offre au public un art immersif et total. La metteure en scène considère que le théâtre doit réveiller les émotions et les pensées positives, constituer une expérience permettant de se purger à travers la vision de la beauté. « Pour moi, dit-elle, l’art est lié à la beauté et à la psyché humaines. Je considère qu’aujourd’hui le spectateur a besoin d’un art qui non seulement le touche émotionnellement, mais aussi agit sur tous les sens, réveille le sentiment esthétique et lui apporte un réconfort. »
Ce « voyage » d’une journée au cœur des passions humaines s’érigera contre l’aliénation, la mécanisation et la solitude, omniprésentes dans nos sociétés. Il sera mené par des spécialistes de renom : sociologues, psychologues, dramaturges et psychanalystes, tels que Jean-Louis Bishoff, Frédéric Vincent, Michel Maffesoli ou Amine Benyamina. Une séance d’hypnose « créative », suivie d’extraits inédits du spectacle Dementia Tremens d’Elizabeth Czerczuk, cloront la journée. Un buffet cathartique sera à découvrir à chaque entracte et à la fin de la journée.
PROGRAMME
10 h 30 : ouverture des portes, et café au bar et dans le jardin du théâtre
11 heures : Jean-Louis Bischoff – Origine philosophique de la catharsis
Philosophe, enseignant, diplômé en théologie et dans la production de spectacles, ses recherches philosophiques croisent ces différents domaines. Étudiant la recomposition du sacré dans la pop culture contemporaine, elles soulignent l’influence des cultures classiques sur cette dernière. Pour inaugurer cette journée de conférences, Jean-Louis Bischoff reviendra sur les fondements premiers de la catharsis, en présentant ses origines philosophiques, parmi lesquelles figure Aristote.
12 heures : Frédéric Vincent – La catharsis dans la psychanalyse
Dramaturge, sociologue et psychanalyste, Frédéric Vincent est le président de l’Association des psychanalystes européens. Ses recherches se placent dans la continuité des penseurs du cercle Eranos (Jung, Eliade, Durand) et décrivent la façon dont les productions imaginaires contemporaines réhabilitent le pouvoir du mythe et du sacré, malgré la vision désenchantée et iconoclaste imposée par nos institutions surplombantes. Il présentera l'exploitation scientifique du concept de catharsis par Freud, Jung et Hillman, en nous expliquant les différentes manières d'utiliser la catharsis comme thérapie.
13 heures : pause déjeuner – buffet cathartique accompagné par les chansons cathartiques de Jean-Marc Lhabouz, musicien et psychanalyste
15 heures : Michel Maffesoli – De l’ère des révoltes au ré-enchantement cathartique du monde
Sociologue et théoricien de l’imaginaire, ancien élève de Gilbert Durand et de Julien Freund, Michel Maffesoli est désormais professeur émérite à la Sorbonne et membre de l'Institut universitaire de France. Il présentera son œuvre internationalement reconnue, L’ère des soulèvements. Son intervention portera sur le règne de la rationalité, de la technicité et de l'individualité qui étouffent l’humanité, entraînant une ère des révoltes participant néanmoins au ré-enchantement cathartique du monde. Elle sera suivie d’une séance de dédicaces.
16 heures : pause
16 h 30 : Amine Benyamina – La santé publique, enjeu culturel
Psychiatre et professeur des universités à la faculté de médecine de Paris-XI, chef du département de psychiatrie et d’addictologie de l’hôpital Paul-Brousse, il est spécialiste des addictions, qu’il s’agisse de drogues, d’alcool, de jeux d’argent ou de sexe. Il est également président de la Fédération française d’addictologie. Suivant les évolutions de la société et les nouvelles addictions dans les sociétés occidentales, il viendra questionner et soulever les origines de ces addictions, le rôle de la santé publique face à ces dernières ainsi que la vertu cathartique de l’art.
17 h 30 : Samantha Mergui – Hypnose créative
Psychanalyste et hypnotiseuse, Samantha Mergui proposera un moment de relaxation et d’état de conscience particulier afin de se connecter ensemble à notre inconscient et de plonger dans l’imaginaire. Cet atelier expérimental, mené en collaboration avec la metteure en scène Elizabeth Czerczuk, aura pour objectif de s’élever au-delà du galop de la vie quotidienne et de s’immerger dans l’univers du T.E.C.
19 h 30 : pause
20 heures : Elizabeth Czerczuk – Dementia Tremens
La journée se clora par un temps créatif et imaginaire, avec des extraits du dernier spectacle d’Elizabeth Czerczuk, Dementia Tremens. Un spectacle inédit avec une bande-son originale accompagnée de musiciens sur scène, interprété par une quinzaine de comédiens et danseurs, où s’entrechoquent la folie des autres et la nôtre. Pour ce spectacle immersif, l’espace du T.E.C. se transformera dans sa totalité en hôpital psychiatrique où la nature aura son rôle à jouer. Un moment partagé durant lequel chacun pourra participer à la libération des émotions.
Réservationpar téléphone au 01 84 83 08 80 ou 06 12 16 48 39 ;
Ou par courriel à Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.
La première édition du Festival a été consacrée à W. Gombrowicz, grand dramaturge et icône de la littérature polonaise. Du 17 au 20 octobre 2019

W. Gombrowicz brise les formes établies et bouscule les relations entre les êtres. Il soulève alors la nécessité de créer des formes immatures, inachevées et non encore cristallisées, qui seules pourraient survivre à la pression mouvante de la vie.
C’est pourquoi l’art demeure plus puissant que la philosophie, comme le manifeste l’art théâtral d’Elizabeth Czerczuk.
« Nous nous contentons de formes toutes faites, pour nous exonérer de la vue du chaos en nous, et de l’effort de créer notre forme propre. L’outil philosophique, la tradition philosophique viennent à l’appui de ce constat : des formes nous précèdent et ne nous sont pas adéquates. La dénonciation des préjugés par les philosophes constitue toujours ce en quoi ils restent subversifs, radicalement ». CYB
Nos évènements passés :

La troisième édition de mai 2019 sera consacrée au dramaturge avant-gardiste Witold Gombrowicz (1904-1969). Son œuvre, caractérisée par un ton absurde et un goût du paradoxe, a longtemps suscité les critiques mordantes de ses contemporains qui apprécient peu sa façon de traiter avec légèreté des problèmes existentiels, tels que l’importance de la philosophie et les rapports interpersonnels. Ce grand dramaturge et icône de la littérature polonaise s’est constamment débattu avec l’histoire difficile de son pays, ce qui se ressent dans ses œuvres profondément ancrées dans la tradition et l’histoire.
En collaboration avec le metteur en scène et organisateur du Festival International Gombrowicz en Pologne, Adam Sroka, le Théâtre Elizabeth Czerczuk lui consacrera un cycle de rencontres internationales rythmées par des projections de captations, une analyse des œuvres majeures du dramaturge et une table ronde pour élucider les différents aspects de la dramaturgie de ce maître de l’avant-garde européenne.
PROGRAMME
Jeudi 23 mai 2019
16h30 : Projections de captations de spectacles de Gombrowicz présentés lors des différentes éditions du Festival International Gombrowicz de Radom, en Pologne. Projections d'extraits de mises en scène d'œuvres de Gombrowicz par Monique Stalens, comédienne et metteure en scène
18h30 : Pause
19h00 : Conférence « Le voyage intellectuel de Gombrowicz » animée par Adam Sroka, metteur en scène et directeur artistique du Festival International Gombrowicz de 2001 à 2007
l’anti-culturalité, la tradition chrétienne et les métaphores de la solitude dans l’œuvre Le Mariage (1948)
la hiérarchisation des relations humaines et la notion de liberté dans Yvonne, princesse de Bourgogne (1935)
les influences de la composition musicale du corps et de la forme au regard de la pièce Opérette (1966)
20h15 : Table ronde « La nouvelle forme de dramaturgie de Witold Gombrowicz dans l’écriture théâtrale », animée par Sergiusz Chądzyński (directeur littéraire de Saisons de Culture), avec Adam Sroka (metteur en scène, directeur artistique du Festival International Gombrowicz), Monique Stalens (comédienne et metteure en scène) et Elizabeth Czerczuk (directrice du T.E.C, fondatrice du Laboratoire de Radicalité Artistique) et Cyb (artiste peintre et philosophe)
la forme dramaturgique de Witold Gombrowicz
étude et débat autour de l'œuvre Trans-Atlantique (1953)
discussion autour de la relation de Gombrowicz avec ses comédiens dépeinte dans ses journaux
(Journal, tome I : 1953-1958 et Journal, tome II : 1959-1969)
approche visuelle de la forme de Gombrowicz en relation avec l'art pictural
En partenariat avec Saisons de Culture
Nos évènements passés :
Jerzy Grotowski, 1997. Crédit photo : Maciej Skawiński
La deuxième édition, en mai 2018, a été consacrée à Jerzy Grotowski. De la fondation de son Théâtre des 13 Rangs, en 1959 à Opole, à son exil à Pontedera en Italie, il a développé un nouvel art dramatique basé sur l’art de l’acteur. Un « théâtre pauvre ». Un théâtre de la confrontation avec le mythe porté par un petit groupe d’acteurs formés à sa méthode, qui lui vaut d’être aujourd’hui considéré comme l’un des grands réformateurs de sa discipline.
Un peu moins de vingt ans après la mort du maître, son apport dans la vie artistique et intellectuelle a beau être incontestable, il demeure assez méconnu en France. C’est pourquoi le Théâtre Elizabeth Czerczuk lui a consacré une journée de rencontres internationales intitulée « Grotowski, le théâtre et au-delà ».
Dans son désir de confrontation avec le mythe, Jerzy Grotowski a développé une large connaissance des techniques d’entraînement de l’acteur d’Europe et d’ailleurs, mais aussi de différentes pratiques rituelles. Il s’est entouré de scientifiques, notamment d’anthropologues et de psychologues. Aussi suscite-t-il aujourd’hui encore une recherche interdisciplinaire, dont nous souhaitions présenter la richesse.
Quelle est la place de Jerzy Grotowski dans le mouvement d’avant-garde européen des années 1950-1960 ? Pourquoi a-t-il été si controversé ? Comment Riszard Cieslak, figure centrale de son Théâtre Laboratoire de Wroclaw, est-il devenu un acteur emblème des années 1960 ? Quelles traces a-t-il laissées dans le paysage théâtral et artistique actuel ? Ces questions ont été abordées lors de notre journée d’étude à travers une grande variété de points de vue.
PROGRAMME
Vendredi 11 mai 2018
10h : Accueil des intervenants et présentation de la journée de rencontres avec Elizabeth Czerczuk et Anaïs Heluin, journaliste
10h30 : Conférence « Jerzy Grotowski, de quelques malentendus » animée par Jean-Marie Pradier, chercheur en ethnoscénologie et professeur émérite de l’Université Vincennes – Saint-Denis – Paris 8
11h-11h30 : Conférence « Jerzy Grotowski et l’acteur saint » animée par Georges Banu, essayiste et professeur émérite de l’Université Sorbonne Nouvelle – Paris 3
12h-12h30 : Conférence « Du cathartique dans le théâtre de Jerzy Grotowski » animée par Paola Pelagalli, Université Sorbonne Nouvelle – Paris 3
12h30 : Discussion et pause déjeuner
Jerzy Grotowski, au centre des avant-gardes
14h-14h30 : Conférence « Jerzy Grotowski face aux idées théâtrales d’Antonin Artaud » animée par Grazyna Starak, Université de Silésie (Pologne) et Institut des Langues Romanes et de la Traduction
15h-15h30 : Conférence « La place de Jerzy Grotowski dans la "tribu" du théâtre rituel » animée par Samuel Lhuillery, Université Sorbonne Nouvelle – Paris 3
16h-16h30 : Conférence « Le rôle du blasphème dans l’art de Jerzy Grotowski » animée par Joanna Pawelczyk, Université Paris Sciences et Lettres
17h : Discussion et pause café
Un héritage pluriel
18h-18h30 : Conférence « Post-Apocalypsis des arts ? Vers les théories de l’acteur-réseau de Bruno Latour et de l’agentivité » animée par Emilia Sitek, Université d’Aix-Marseille
19h-19h30 : Conférence « L’esthétique de la pauvreté : du théâtre à l’Art Brut » animée par Abdelmajid Azouine, Université Med V (Maroc), FLSH
19h30-20h30 : Conférence « Les arts traditionels de la « transformation » aujourd’hui : arts du vaudou haïtien et chants védiques » animée par Fabrice Nicot, président fondateur de la compagnie Épi d’Or Arts, metteur en scène et chercheur en Art et en Anthropologie à l’Université Vincennes – Saint-Denis – Paris 8 et à l'Université d'État d'Haïti. Projection de films et discussion
Tadeusz Kantor, 1988. Crédit photo : Włodzimierz Wasyluk
Vendredi 21 et samedi 22 avril 2017
La première édition du Laboratoire a été consacrée à Tadeusz Kantor. Théoricien de l’art, peintre, poète, scénographe, acteur, réalisateur de happenings, il s’agit d’un des metteurs en scène les plus importants du XXe siècle. C’est un des personnages incontournables de la vie occidentale de notre époque. Son attitude artistique s’inspire du dadaïsme et du surréalisme, tout en rappelant le Théâtre de la Cruauté d’Artaud. Le plus grand triomphe de Kantor vient avec la première représentation de La Classe morte (1975).
Lors de ce premier évènement, nous avons eu le privilège d’accueillir comme intervenante Zofia Kalinska. Collaboratrice de Kantor durant quinze ans, Zofia Kalinska a notamment joué dans sa pièce La Classe morte. Jusqu’à sa disparition en 2018, elle était une figure incontournable du Théâtre Cricot 2, et directrice du Théâtre Acné depuis 20 ans. Zofia Kalinska défendait un théâtre qui explore les archétypes feminins.
PROGRAMME
Vendredi 21 avril 2017
10h-11h30 : Conférence de presse avec Elizabeth Czerczuk et ses artistes, présentation du Laboratoire de Radicalité Artistique
11h30-13h30 : Masterclass « Playing with the character », approche théorique (anglais, avec traduction française)
15h-16h : Rencontre avec Zofia Kalinska, « Tadeusz Kantor et son théâtre » (anglais avec traduction française)
16h15-17h : Conférence « Le théâtre autobiographique de Tadeusz Kantor et son influence sur l'art scénique contemporain » animée par Maja Saraczynska
17h15-18h15 : Projections d’extraits du film La Classe morte, réalisé par Andrzej Wajda et entretiens filmés avec Tadeusz Kantor
20h : Représentation de Suis-je Médée ? de Zofia Kalinska (anglais)
Samedi 22 avril 2017
10h-13h : Masterclass « Playing with the character » animée par Zofia Kalinska (anglais, avec traduction française)
17h-17h45 : Table ronde « Quelle place pour la radicalité artistique dans un nouveau lieu culturel à Paris ? » (1ère partie) avec Michel Krzyżaniak (chargé de mission vie associative, univ. Paris 1 Panthéon Sorbonne), Yvan Gradis (écrivain, comédien de la Compagnie Elizabeth Czerczuk), Zofia Kalinska (comédienne, metteure en scène), Elizabeth Czerczuk (directrice du théâtre, fondatrice du Laboratoire de Radicalité Artistique), Maja Saraczynska (comédienne, metteure en scène et enseignante en art du spectacle), Marie-Claire Calmus (journaliste, poète) et Sergio Gruz (compositeur)
17h45-18h : Discussion et pause
18h-18h45 : Table ronde « Quelle place pour la radicalité artistique dans un nouveau lieu culturel à Paris ? » (2ème partie), focus sur le Théâtre Elizabeth Czerczuk
20h30-21h : Présentation de la prochaine création d’Elizabeth Czerczuk, Requiem pour les artistes
La dernière de Dementia Praecox, étonnant spectacle créé par le théâtre laboratoire Elizabeth Czerczuk, a eu lieu samedi à Paris. Après six mois d’évolution, ce tourbillon scénique bouscule les conventions théâtrales et redessine les rapports entre salle et scène. On attend la suite du projet avec impatience.
Un vaste garage-hangar dans le XVIIIe arrondissement parisien. Béton froid et nu. Un dispositif bi-frontal – « bipolaire », corrige la production – où les spectateurs se font face. Entre eux ou parmi eux, un espace dans lequel des acteurs et danseurs déambulent déjà. Démarche saccadée ou traînante. Maquillages blafards, têtes de morts-vivants arborant de spectaculaires bandages. Tous sont cabossés, dans un univers où tout semble déréglé.
Comme Matka, « happening » ébouriffant présenté il y a deux saisons par la même compagnie, Dementia Praecox est une création très librement adaptée de l’œuvre de l’écrivain polonais Stanislaw Ignacy Witkiewicz. De la pièce d’origine, Le Fou et la Nonne, ne restent que quelques grandes lignes. Un artiste interné dans un asile. Une religieuse s’interrogeant sur sa dévotion.
Mais très vite, les autres malades font voler le cadre en éclats, laissant place à une explosion verbale, mais surtout corporelle ou gestuelle. Maladie mentale et humour noir se répondent. Frustrations, souffrances, séduction, érotisme, besoins inassouvis d’amour, de liberté aussi… Tout et tous se percutent et se contredisent. « On vient au théâtre pour qu’on nous fasse de la peine, glisse ainsi l’un d’entre eux. Et cette peine me fait plaisir ! »
Pourtant, l’essentiel est ailleurs. Il est dans la tentative de redéfinition revendiquée des liens traditionnels entre acteurs et spectateurs. Ainsi, dans Dementia Praecox, ces derniers sont-ils régulièrement sollicités, étroitement impliqués dans le mouvement d’affolement général, directement associés aux déplacements et au jeu des acteurs sur cette étrange scène. Au reste, certains d’entre eux étaient encore spectateurs il y a tout juste quelques mois ! « Tout ce que j’ai vécu me semble si petit maintenant », assure, d’ailleurs, l’un d’entre eux. « La vie de mon âme, c’est toi », lance un autre à l’adresse du public.
À l’issue du spectacle, Elizabeth Czerczuk, metteur en scène et chorégraphe dans la lignée des maîtres polonais Tadeusz Kantor et Jerzy Grotowski, explicitera partiellement la démarche propre à son « work in progress » (Dementia Praecox a trouvé sa forme actuelle au fil de cinq étapes successives initiées à compter de janvier dernier). « Ma direction d’acteurs n’est pas toujours facile », a-t-elle assuré, avant d’ajouter : « Je cherche à effacer cette frustration entre artistes et public. Ce qui m’intéresse, c’est aller plus loin. J’ai besoin de quelque chose de caché. » Comme si elle était en recherche d’une réalité augmentée. Une sorte de « théâtre 2.0 », troublant, déstabilisant, éprouvant même. Mais dont on ressort avec le sentiment d’avoir assisté – participé un peu aussi – à une performance radicale comme la scène théâtrale en offre rarement l’occasion actuellement. Quant à la suite de cette recherche, elle pourrait prendre la forme, après l’été, d’un spectacle adapté de 4.48 Psychose, de Sarah Kane.
Richard Caisse, Mediapart, 12 juin 2016
« Des émotions successives de toutes sortes et d'une grande richesse m'ont assaillie durant la soirée et ce n'est pas fini, car le spectacle s'imprime au fer rouge dans l'esprit comme aucune représentation théâtrale traditionnelle ne parvient à le faire. Merci de m'avoir associée à cette découverte qui sollicite tous les sens, l'esprit et le corps entier, au moyen du rythme, des intuitions et des pulsions, de la beauté visuelle, des liens entre les arts, dus au travail d'Elizabeth. J'ai assisté à l'ensemble dès le début en état d'hypnose, le souffle retenu, et l'extraordinaire promptitude des mouvements des acteurs engendrant paradoxalement un grand calme qui me permettait d'engranger tous mes réactions de façon claire et persistante. De percevoir aussi ce qu'il faut de volonté, d'autorité, et d'emprise sur les autres pour en extraire le meilleur d'eux-mêmes. »
Libre et inspirée, Elizabeth Czerczuk donne à voir Le Fou et la Nonne de Stanislaw Witkiewiz à la Société des curiosités. Sa mise en scène, diamétralement dissociée de l’idée qu’on peut se faire (à tort) du théâtre conventionnel, s’inscrit à certains égards dans la lignée d’un Tadeusz Kantor et autres Grands du théâtre Polonais.
Directrice du Théâtre Laboratoire Elizabeth Czerczuk, la démarche singulière de cette créatrice obsessionnellement perfectionniste s’articule dans le fait de démantibuler harmonieusement corps et texte au profit d’une compréhension plus directe et sensitive : elle oppose réflexion et réception émotionnelle sans que l’une de ces facettes n’occulte l’autre. Elle propose d’expérimenter la folie à l’état brut, naturel, véritable. Elle rend sa splendeur perdue à cette démence mécanique et poétisée, ceci à mesure que se mettent en place les vignettes de tableaux dynamiques, sculpturaux, électriques et biens composés. L’ensemble repose solidement sur un socle en perpétuel peaufinage. Elle orchestre sa troupe in situ avec une brutalité délicate, une force fragile, celle qui la caractérise et pourrait également décrire le personnage qu’elle a joué lors de ses précédentes créations.
Davantage bipolaire que bi-frontale, la mise en scène relève d’une forme de réalité augmentée. Il y a là quelque chose de l’ordre d’une programmation 3D, artisanale, loin du numérique et au sein de laquelle on est appelé à déambuler dans les multiples dimensions qu’offre cet espace de curiosités ; ce qui fait du spectateur, si ce n’est un acteur, du moins un voyeur actif invité à franchir littéralement la frontière invisible qui trop souvent le sépare de la scène.
On prend alors plaisir à se confondre entre les charmes d’un théâtre traditionnel chaleureux et ceux d’un autre, mental sans être d’une inaccessible érudition, expérimental sans qu’il se fourvoie dans les tics artificiels et lamentablement factices s’exposant sur certaines scènes nationales.
Thibaut-Léo Koben, Rebelle(s) Mag, 7 juin 2016
La magistrale mise en scène et recréation, conçue par Elizabeth Czerczuk, d'un texte de ce grand auteur polonais du début du XXe siècle nous ramène, par le jeu corporel des acteurs et la participation du public, aux audaces des années 1970. À celles de la pensée et de toutes sortes d’œuvres.
Liées notamment au courant de l'antipsychiatrie interrogeant la différence entre la « folie », c'est-à-dire la maladie, et la « normalité ». Des penseurs comme Foucault, Deleuze et Guattari, dont les héritiers se battent encore pour une autre conception du soin psychiatrique et de la philosophie politique qu'il suppose*, ont transformé pour longtemps la conception de ce domaine de la médecine, même si la régression néo-libérale, subordonnant la santé, comme tout, au coût et au rendement, rend très difficiles ces luttes des plus clairvoyants. Ont fleuri simultanément des créations théâtrales, comme celle de Peter Brook en 1967 reprenant un film de Peter Weiss : « Marat-Sade ou La Persécution et l'Assassinat de Jean-Paul Marat représentés par le groupe théâtral de l'hospice de Charenton sous la direction de Monsieur de Sade ».
Comme dans d'autres mises en scène de Brook et grâce à la disposition en rond, le public était lui aussi convié à intervenir. Le Bread and Puppet, avec ses grandes marionnettes de papier, contestait aussi l'ordre établi. Bob Wilson (« Le Regard du sourd ») prit le relais. La folie a été souvent assimilée à la subversion, et celle-ci à la folie - persécutée comme telle depuis la chasse aux sorcières du Moyen Âge jusqu'aux internements politiques de feu l'URSS ou d'ailleurs, encore pratiqués aujourd'hui : isolement et traitements punitifs tentant d'éradiquer la révolte et d'éviter la contagion…
Elizabeth Czerczuk le montre magnifiquement par cette oscillation de ses personnages entre la démesure et des visions lumineuses au bord de la voyance, totalement à contre-courant - celles de la plupart des vrais artistes et poètes. Un de ceux-ci en témoigne dans la pièce. Le travail des acteurs est remarquable dans le déglingage… La désarticulation des membres, de la tête, des genoux, poignets et mains, et la mobilité des muscles du visage, au rythme de la musique savante de Thierry Bertomeu, sont fascinantes. Les éclairages ajoutent au fantastique. Une telle intensité rendait sans doute les projections superflues. Une actrice nous montra sur ses doigts les marques de ces laborieux exercices. La participation du public, aimanté, conquis, pouvait, sans risquer d'affaiblir la tension dramatique, être poussée davantage. Ce spectacle, qui n'est pas un retour nostalgique au passé, mais la réhabilitation d'un théâtre tragico-politique, traversé d'un humour fracassant, évoque les luttes et les bouleversements actuels de notre société.
* En particulier Richard Gori (auteur de « La Fabrique des imposteurs », Éditions Les Liens qui Libèrent, 2014). Et Jean-Pierre Martin (auteur de « La Psychiatrie dans la ville » et de « La Rue des précaires », Éditions Erès, 2011).
Marie-Claire Calmus, L'Emancipation.fr, avril 2016
Théâtre Elizabeth Czerczuk
20 rue Marsoulan
75012 Paris
01 84 83 08 80/ 06 12 16 48 39
contact@theatreelizabethczerczuk.fr
