LOGO BLANC

Matka lors du Festival de Nancy en mars 2017

Un délire savamment organisé

En France, on monte peu Witkiewicz, génial auteur polonais mort de par sa propre décision en 1939 (il se suicida quand il apprit l’entrée des troupes nazies dans son pays). Il avait beaucoup d’avance sur le théâtre de l’absurde et ses pièces se moquent follement de la logique et des certitudes intellectuelles. Polonaise de Paris, Elizabeth Czerczuk a établi un montage à partir de plusieurs textes, suivant l’idée centrale d’une femme à la fois muse et monstre. Tiraillé entre deux femmes – l’acteur est véritablement écartelé par deux jeunes filles qui s’acharnent chacune sur un filin menant au même homme désiré - , un bourgeois évolue dans un monde où défilent des êtres séduisants et vénéneux. Des miroirs et des meubles à roulettes circulent dans l’espace, reflétant ou cachant femmes en robes chic ou en collant, messieurs en frac. Dans ce labyrinthe où s’égarent la vérité et le désir, l’homme en perd son habit sans être certain de survivre dans cet univers nocturne traversé de lumières rouges.

C’est irracontable, d’autant plus que Witckiewicz aime à casser ses histoires et à lancer diverses mises en question théoriques ou farfelues (« On ne sait pas ce qu’est la vie, on ne sait pas ce qu’est la mort »). Elizabeth Czerczuk ne se prive pas de faire de même, dirigeant ses acteurs dans un délire très organisé et soutenu par une musique savamment sournoise de Matthieu Voisin. C’est un spectacle qui ne ressemble à aucun autre, car on ne connaît plus ce style dramatique à Paris. Il faut sans doute remonter aux passages de Tadeusz Kantor et de son Teatre Cricot 2 pour retrouver ce sens du tourbillon funèbre, du grotesque vengeur dont la violence est aussi métaphysique que sociale. Cela peut surprendre, dérouter en notre temps où l’avant-garde a pratiquement disparu. Mais, précisément, voilà une occasion de découvrir un théâtre surprenant qui revendique sa filiation avec les grandes révolutions esthétiques des années 70 et exprime une étrange beauté pugnace.

 

Gilles Costaz, webtheatre.fr

Être réceptif, car le mouvement se déploie sans prévenir

Éloge communicatif d’une folie pas très ordinaire

« La maladie mentale et l’humour noir constituent l’essence de cette pièce où tout n’est qu’illusion et déchéance », précise Elizabeth Czerczuk. 

Avec sa troupe, Elizabeth Czerczuk prend chaque spectateur par la main pour l’entraîner dans l’univers déjanté et glaçant de Dementia Praecox.

Quand ils ne grimacent pas, ils ricanent. Les personnages de cette non-histoire n’en font pas trop pour se faire remarquer, leur accoutrement suffit. Les costumes de Joanna Jasko, tout droit sortis de l’imaginaire collectif des asiles d’aliénés, les situent dans un univers parallèle. La metteuse en scène et chorégraphe, Elizabeth Czerczuk, ne livre pas les clés. Avec Dementia Praecox (démence précoce), inspiré des écrits du dramaturge Stanislaw Ignacy Witkiewicz (suicidé au lendemain de l’entrée des troupes russes en Pologne, le 17 septembre 1939), elle propose non pas d’assister à un énième spectacle sur la folie, mais à chacun, d’une certaine façon, d’en faire partie.

Être réceptif, car le mouvement se déploie sans prévenir

Que ce soit en prenant la main des présents pour les conduire jusqu’à la salle de spectacle, en les invitant à danser, ou en leur grommelant au passage quelques formules pas magiques pour deux sous. Parmi les personnages, un garçon-chien, muselé, allant à quatre pattes grogner aux genoux de l’un ou de l’autre. Une religieuse qui ne convertit personne. Pendant que l’un des personnages se fait « doucher » dans une baignoire à roulettes, un autre dingue, venu en courant du jardin intérieur, se précipite avec force sur la baie vitrée en hurlant. Le garçon-chien aboie et geint.

« La maladie mentale et l’humour noir constituent l’essence de cette pièce où tout n’est qu’illusion et déchéance », précise Elizabeth Czerczuk qui depuis octobre dernier met à l’honneur dans son théâtre (TEC, proche de la place de la Nation) le « patrimoine théâtral et dramaturgique polonais », avec des auteurs comme Witkiewicz, mais aussi Grotowski, Kantor, Gombrowicz. Peu, très peu de paroles intelligibles dans Dementia, quelques-unes en français, quand par exemple l’un des protagonistes déclare que, lorsque l’on fait de la publicité pour le papier toilette (des rouleaux sont offerts aux spectateurs), la troisième guerre mondiale n’est pas loin. Comme une critique évidente de la société de consommation et du système capitaliste dans son entier.

L’aventure s’apparente à une opération de survie. Dans un univers glacé qui n’exclut pas la sensualité torride, quand, munies de faux seins énormes et de fouets, quelques matrones font leur loi ; ou sur un mode différent, quand le garçon-chien, cette fois sur ses deux pattes, chante d’une voix forte et modulée : « Ne me quitte pas/Tout peut s’oublier »… accompagné par les trois excellent(e)s musicien(ne)s, de la compagnie, qui compte vingt comédiens présents sur le plateau. Foule devenue rare sur une scène. Une seule consigne peut être donnée : être attentif et réceptif, car le mouvement se déploie sans prévenir aux quatre coins de l’espace et même sur les murs pour une brève projection qui ajoute à la démesure du propos et renforce l’invitation à s’interroger sur la folie que l’on voudra.

 

Gérald Rossi, L'Humanité, 8 janvier 2018 

Une expérience de la mort à la vie

Comédienne, metteuse en scène, chorégraphe, native de Pologne où elle a suivi une formation théâtrale placée sous les influences de grandes figures artistiques novatrices du pays, Stanislas Ignacy Witkiewicz, Henryk Tomaszewski, Jerzy Grotowski ou Tadeuz Kantor, Elizabeth Czerczuk s’est engagée depuis dans une recherche pluridisciplinaire de nouvelles formes d’expression du théâtre contemporain. Installée en France, où en parallèle de ses créations scéniques elle a également créé dans ce sens le Laboratoire d’Expression Théâtrale, école de comédiens, dont la vocation pédagogique ouverte et stimulante sans frontières accompagne leur formation. Disposant aujourd’hui, dans le XIIème arrondissement de Paris, d’un théâtre adapté à ses créations qui porte son nom, doté d’une salle modulable de 200 places, loges, studios de résidence pour artistes, bar convivial d’accueil du public, Elizabeth Czerczuk a inauguré officiellement ce nouveau lieu avec ce Requiem en forme de bal des fantômes aux tonalités parfois envoûtantes.

Car cette création s’inscrit dans une dominante chorégraphique accompagnée de musiques interprétées par trois musiciens présents sur un plateau pentu, ouvert sans ruptures avec le public. Une vingtaine d’interprètes, en majorité féminins, progressent lentement dans l’espace comme issus du tombeau, développant par touches successives une gestuelle qui s’apparente à un retour à la vie, puis au passé jusqu’à l’enfance, - avec au passage une allusion à La Classe morte de Kantor - dans la quête d’un possible renouveau. A travers les expressions des corps et leurs relations aux objets signifiants, le jeu parfois masqué, les paroles poétiques, les costumes argumentaires et les variations subtiles de lumière, tissent un voyage temporel de dimension métaphysique, qui renvoie le spectateur à ses propres interrogations intérieures, et dans lequel le mélange des genres trouve une forme d’harmonie. Si ce spectacle reste du domaine expérimental et semble prolonger des hypothèses déjà explorées par le passé par certains créateurs, sa metteuse en scène fait preuve d’une originalité exigeante dans sa recherche de théâtralité élargie, dont ce spectacle constitue une nouvelle étape prometteuse.

Jean Chollet, Webtheatre.fr, 21 octobre 2017

DEMENTIA PRAECOX. DANS UN CREUSET POÉTIQUE ET ONIRIQUE, LA PARABOLE DU FOU ET DU SAGE

Librement inspiré d’une pièce de Witkiewicz, ce spectacle, d’une grande force plastique, remet au goût du jour l’interrogation des années post-1968 sur le rapport scène-salle.

Lorsqu’on pénètre dans le théâtre, on laisse à l’entrée la quiétude bourgeoise, rassurante, d’un théâtre « parisien » pour découvrir un lieu curieux, un peu inquiétant, entre cabaret et chapelle à messes noires. L’ambiguïté est de règle. Le noir et le rouge dominent un espace peuplé de mannequins, grandeur nature, qui rappellent l’esprit décadent du Berlin des années 1920 : hommes en bas résille, femmes vêtues de dessous affriolants, etc. Éros et Thanatos sont les esprits des lieux. Le spectacle nous emmènera du bar décalé, étrangement peuplé, où on nous invite à entrer, vers la salle où se déroule le spectacle. Déjà un certain rapport scène-salle est aboli : ce sont les comédiens qui nous prennent par la main pour nous entraîner dans leur univers.

La violence d’un portrait-charge contre la »normalité » de la société 

La pièce de Witkiewicz, le Fou et la nonne, met en scène un poète, Walpurg, enfermé comme fou, que le médecin pense guérir par la psychanalyse et maintient « au calme » par l’usage abusif et répété de drogues. L’arrivée d’une nonne dans sa cellule va tout faire basculer. Reniant la « normalité » d’un monde inacceptable où s’étalent les absurdités de la religion, celle-ci jette sa cornette aux orties et sa vertu avec. Quant au poète, il retrouve le goût de créer. La pièce révèle un monde en plein dérapage où crimes, suicide et résurrection forment le soubassement de l’inacceptable. Qualifiée de « cabaret expressionniste » par les critiques lors de sa première présentation en 1959, la pièce, rédigée en une nuit, dit-on, sans relecture, développe un humour subversif et iconoclaste et fait de l’érotisme l’un des ressorts de la libération. Comme dans le Système du professeur Goudron et du docteur Plume d’Edgar Allan Poe, les fous deviennent les gardiens et les « sages » des aliénés dans un maelström où sombrent les conventions et les diktats sociaux. 

L’esprit et la lettre

De cette pièce, Elizabeth Czerczurk retient davantage l’esprit que la lettre. Le texte qui résonne par bribes tout au long du spectacle laisse la place à une vision apocalyptique et chorégraphiée plus que purement théâtrale. Très plastique et esthétiquement forte, la mise en scène s’inscrit d’emblée hors du réel, dans un univers onirique où l’hybridation dit l’abolition des frontières entre folie et normalité, où chaque personnage, pris au piège de son propre délire, dénonce en même temps les facteurs qui l’ont poussé vers la folie et ont fait de lui un être en marge, enfermé par la société qui ne peut tolérer le désordre qu’introduit sa déviance. Convulsive, elle rappelle la puissance intérieure invoquée par Artaud pour mettre à bas un certain théâtre, se libérer et retrouver une forme première, essentielle, détachée des conventions, un théâtre de la « peste ».

Entre Grotowski et Kantor

Polonaise, Elizabeth Czerczurk marche sur les traces de ses aînés. À Grotowski, elle emprunte la volonté de dépasser le clivage entre théâtre, danse, chant et rituel et son souci de rendre à l’acteur un jeu organique et immédiat. Elle reprend la « nécessité d’abolir la distance entre l’acteur et le public, en éliminant la scène, en détruisant toutes les frontières. Que les scènes les plus drastiques se produisent face à face avec le spectateur afin qu’il soit à portée de main de l’acteur, qu’il sente sa respiration et sa sueur. » Les spectateurs de Dementia praecox ne sont pas séparés des aliénés. Point de scène surélevée, de vision purement frontale. L’espace du jeu descend en pente douce vers une allée centrale de part et d’autre de laquelle sont assis les spectateurs. Nous sommes au milieu de ce monde en délire. Bientôt nous serons conviés à y participer en devenant nous-mêmes, l’espace d’un moment, les partenaires des acteurs dans un bal où les frontières se délitent.

De Kantor et de Cricot 2, elle reprend la conception radicale héritée du dadaïsme, la mise en accusation du pouvoir et de ses abus, de la violence faite aux hommes, mais aussi les réminiscences qui font remonter à la surface les revenants de la mémoire, avec leurs lambeaux d’enfance, la force plastique de ces visages blanchâtres, livides, à travers lesquels parlent d’autres voix que les leurs, qui font surgir autre chose que ce qu’ils sont. Images « de la fin de la vie, de la mort, de la catastrophe, de la fin du monde. Non sans raison ».

Au-delà du « quatrième mur »

On l’aura compris : pour profiter pleinement du spectacle, il faut accepter de laisser au vestiaire sa peau de spectateur consommateur, céder un peu de soi, lâcher la bride pour passer de l’autre côté du miroir. Ce qui fait le prix du spectacle en fait aussi la limite. Lorsque dans les années 1970, l’espace scénique se trouvait réinterrogé, remis en cause, contesté par des metteurs en scène aussi divers qu’Antoine Vitez, Luca Ronconi ou Ariane Mnouchkine, on était de plain-pied avec une société qui questionnait tous ses présupposés, repensait le rapport scène-salle comme les relations entre les individus. Le théâtre et la vie allaient de pair. Dans la phase de rétrécissement que nous connaissons aujourd’hui, dans ce retour vers des « valeurs » stabilisantes et stables, que penser de ces formes qui affirment leur divorce d’avec la société ? Elles paraissent à la fois fascinantes par leur permanence entêtée et en même temps dérisoires tant la machine à araser tout ce qui dépasse, tant l’équarrissage pour tous ont été impitoyables. Alors, faut-il se féliciter que le théâtre retrouve aujourd’hui d’anciennes valeurs contestataires ou penser que cette remise au goût du jour a des allures de musée de cire où sont exhibées les vieilles gloires ? S’il n’est pas possible de lever clairement la contradiction, la gêne demeure…

 

Sarah Franck, Art-chipels.fr, 9 janvier 2018

Elizabeth Czerczuk, des tripes et des ailes

TRIPES.jpg

Il y a un siècle, le Polonais Stanislaw Ignacy Witkiewicz, mon auteur favori, développait dans son œuvre théâtrale et philosophique un regard visionnaire qui nourrit mon univers artistique. Mon triptyque et manifeste artistique « Les Inassouvis » notamment, ouvert en même temps que notre théâtre rénové en octobre 2017. En continuant d’explorer son écriture à travers une nouvelle mise en scène de Matka, je désire toutefois me diriger en cette année 2018 vers une lumière absente chez cet écrivain au profond pessimisme.

Parce que nous vivons dans le monde mécanisé et de plus en plus éloigné de l’esprit décrit par St. I. Witkiewicz, je ressens l’urgence de porter avec mes artistes une lueur d’espoir en des lendemains meilleurs. Offrir une pause dans le galop de la vie. Une immersion dans un théâtre radical et total qui vise au changement de l’homme, même infime. Avec l’ouverture du nouveau lieu et l’intense processus créatif dans lequel m’a plongée le triptyque, 2017 m’a donné ce souffle. Ces ailes. En consolidant mon esthétique personnelle, je prends avec mes maîtres – Tadeusz Kantor, Jerzy Grotowski et Henryk Tomaszewski – une distance qui m’ouvre de riches perspectives artistiques. Une liberté que je continuerai d’explorer dans mes prochaines créations.

En 2018, mon théâtre du XXIe siècle aux solides racines slaves continue donc de prendre son envol. Tout en gardant les pieds sur terre. Lié à une recherche métaphysique, mon travail sur le corps a récemment pris une direction humaine que je veux accentuer. En me familiarisant de spectacle en spectacle, je réduis les frontières qui séparent les artistes de nos hôtes. En faisant tout pour répondre au mieux à leurs besoins.

Parce qu’un art total se nourrit d’échanges, le théâtre poursuit aussi son ouverture à d’autres défenseurs de la radicalité artistique : chercheurs, artistes, philosophes. Après une première édition en 2017, le Laboratoire de Radicalité Artistique accueille pour cela deux événements. Le premier sur les traces laissées par Tadeusz Kantor dans le paysage théâtral actuel, autour du spectacle Petit requiem pour Kantor de Zofia Kalinska, comédienne du Théâtre Cricot 2 pendant vingt ans avant de créer sa propre compagnie ; le second autour de Jerzy Grotowski. Sans pensée, pas de théâtre des tripes. Pas de révolution du quotidien.


Notre résolution : continuer de cultiver en nous le « gringalet aux nerfs ébranlés », définition du véritable artiste selon Witkiewicz. Notre ambition : faire de la folie un art raffiné en célébrant des mariages improbables. Celui d’une nonne et d’un psychiatre par exemple, comme dans la courte pièce festive, librement inspirée de La Noce chez les petits-bourgeois de Bertold Brecht, créée pour notre soirée de réveillon, et que nous reprenons cette saison sous la forme d’un brunch du dimanche.

Plus on est de fous, plus on rit et plus on crie. Plus on a de chances de faire de cette année celle de l’apaisement.

Elizabeth Czerczuk

Dementia Praecox 2.0 - Décembre 2017

Scènes d’une folie peu ordinaire

Immersion dans le monde de la folie, Dementia Praecox 2.0 d’Elizabeth Czerczuk puise chez les maîtres polonais sa capacité à s’attaquer au présent. Avec une inquiétante et inhabituelle beauté. 

C’est dans une robe blanche aux armatures apparentes, un enfant de tissus bien calé dans les bras, qu’Elizabeth Czerczuk se présente au public rassemblé au bar de son théâtre. Sa démarche tournoyante et son expression étrange, méditative, fait office de signal de ralliement. Le visage assorti à la tenue de la maîtresse de maison, la tête couronnée de bandages et le corps parcouru de spasmes, la vingtaine de danseurs et comédiens de Dementia Praecox 2.0 rejoint la mère-derviche aux longs cheveux blonds. Et entame sans attendre une série de petits rituels qui nous feront traverser une partie du superbe lieu de l’artiste d’origine polonaise, dont les peintures rouges et noires et les allures de cabinet de curiosité gothique s’accordent à la mise des créatures souriantes malgré l’enfermement qu’on devine. Malgré la douleur. Quelque part entre le surréalisme et le burlesque, la compagnie d’Elizabeth Czerczuk reprend son petit manège de vie et de mort là où l’avait laissé son Requiem pour les artistes, première partie d’un triptyque sur le purgatoire qui s’achèvera au mois de mars avec Matka. Après un hommage explicite à ceux qu’elle reconnaît comme ses maîtres – parmi lesquels Tadeusz Kantor, Antonin Artaud Jerzy Grotowski, avec qui elle a travaillé à ses débuts en Pologne –, l’artiste adapte très librement Le Fou et la nonne (1923) de Stanislaw Witkiewicz. Un écrivain, philosophe et peintre assez peu connu en France mais fameux en Pologne, dont l’œuvre théâtrale fut consacrée à la recherche d’une « Forme pure ».

Scènes d’une folie peu ordinaire

Davantage visuelle, physique et musicale – excellents, Thomas Ostrowiecki à la percussion, Anne Darieu au violon et Karine Huet à l’accordéon se joignent au mouvement général – que textuelle, la pièce d’Elizabeth Czerczuk offre une expérience cathartique peu commune. Foisonnante et d’une grande précision. Immersive, mais jamais au détriment du sens, priorité de la comédienne et metteuse en scène qui cultive son entre-deux théâtral depuis son entrée au Conservatoire de Paris en 1991. À travers leurs scènes de folie débridée et tout en contrastes, la nonne rockeuse, le fou verbeux et tous les bizarres personnages de Dementia Praecox 2.0 composent en effet un miroir de notre temps dans lequel on se mire avec un bonheur mêlé d’effroi. Formés pour moitié environ au Laboratoire d’Expression Théâtrale que dirige Elizabeth Czerczuk au sein de son théâtre, les interprètes de cette fresque hybride n’ont qu’à déployer leur pantomime tressautante pour dire leur rapport au monde. Leur culte du paradoxe et leur méfiance envers l’image, qu’ils prennent visiblement plaisir à malmener lors d’une courte projection de Culture Pub et d’une distribution commentée de journaux. Tendres autant que bagarreurs, les aliénés qui investissent la belle salle transformable de deux cents places de ce théâtre si singulier n’ont guère besoin de beaucoup de mots pour nous en conter beaucoup.

Anais Heluin, La Terrasse, 20 décembre 2017

Subscribe to this RSS feed
Inscrivez-vous à notre Newsletter !
Recevez chaque mois l'actualité et la programmation du T.E.C .

*En cliquant sur ce lien, vous choisissez explicitement de recevoir la newsletter du Théâtre Elizabeth Czerczuk. Vous pourrez vous désabonner à tout moment.
Suivez-nous !

 

RESERVEZ EN LIGNE ICI

Théâtre Elizabeth Czerczuk
20 rue Marsoulan
75012 Paris
01 84 83 08 80/ 06 12 16 48 39
contact@theatreelizabethczerczuk.fr