Véritable parenthèse théâtrale, chacun a pu apprécier l'esthétique beckettienne de la performance, remodelée par la metteure en scène du T.E.C., Elizabeth Czerczuk. Les trois pièces mises à l'honneur pour l'occasion, Pas, Pas moi et Berceuse, ont transporté toute l'assemblée dans un univers parallèle, une soirée hors du temps.
Sur scène, les comédiens, agissant tels des pantins, étaient guidés par une contrebasse et bercés par les textes, à travers une mystérieuse voix lancinante.
L'enthousiasme suscité lors de la soirée sur Samuel Beckett a fait naître, chez Elizabeth Czerczuk et ses artistes, le désir de créer un véritable spectacle, donnant toute son ampleur à cette performance.
Après les prémices de cette nouvelle création, le 12 mai 2022, suivez la deuxième étape de ce processus créatif, le jeudi 30 juin à 20 heures, avant la grande première en octobre prochain.
Nombre de places limité, réservation obligatoire.
Mise en scène et chorégraphie : Elizabeth Czerczuk inspirée de la dernière œuvre de Tadeusz Kantor avec 16 comédiens-danseurs et un quatuor musical.
Aujourd’hui c’est mon anniversaire : une reconstitution de la mémoire.
Par Sergiusz Chądzyński
1. La lecture chorégraphique
Malgré la documentation extrêmement minutieuse — partitions, photos et enregistrements vidéo — laissée par Tadeusz Kantor à la disposition du théâtre, on peut se demander s’il est possible de mettre en scène ses pièces sans la présence du maître lui-même. Ses interventions en direct pendant la performance ont fait de lui le seul gardien de ce qui reconstitue la mémoire. Il a été l’unique démiurge qui envoyait le message universel sur la condition de la nature humaine. Kantor se sentait ni acteur ni metteur en scène, il se considérait plutôt comme l’incarnation du théâtre, un « spécialiste en soi ». Elizabeth Czerczuk répond à cette question en s’appuyant sur la dernière pièce de l’artiste : « Aujourd’hui, c’est mon anniversaire ». Kantor y a travaillé d’octobre 1989 à début décembre 1990. Alors que se déroulent les répétitions, il décède le 8 décembre 1990. La première présentation a eu lieu après sa mort, en janvier 1991, au Théâtre Garonne de Toulouse.
Dans son analyse du jeu théâtral de Kantor, Elizabeth Czerczuk a défini plusieurs étapes de travail, déterminant ainsi sa propre approche de l’œuvre. La première était une lecture chorégraphique, présentée au public le 18 février 2022. Elle était accompagnée d’une table ronde animée par Céline Hersant de la Théâtrothèque Gaston Baty avec la participation d’Aurélie Mouton-Rezzouk, chercheuse et maître de conférences à l’Institut d’études théâtrales de la Sorbonne nouvelle.
L’idée des lectures chorégraphiques s’inscrit au programme d’activités du Théâtre T.E.C. dans les domaines de la méthodologie et de la pédagogie, lesquelles, pour Elizabeth Czerczuk, font partie intégrante de l’activité artistique. La présentation d’un morceau de Kantor à une assistance plus large est une tentative d’impliquer les spectateurs dans le processus de création. Une représentation filmée de la pièce de Kantor, projetée sur le mur de la salle de théâtre, accompagnait le jeu des acteurs sur la scène. Leurs efforts étaient commentés et corrigés directement par Elizabeth Czerczuk. Aurélie Mouton-Rezzouk a évoqué cette méthode lors de la table ronde. Elle soulignait l’importance, dans le cas de cette pièce, du processus de reproduction de l’archivage de l’œuvre théâtrale.
Comme Michał Kobiałka l’a dit dans une interview avec Dariusz Kosiński […] « Aujourd’hui c’est mon anniversaire » est une sorte de machine mnémonique compliquée qui révèle des processus concernant ce dont, comment et pourquoi nous nous souvenons. L’artiste brise lui-même toute nostalgie ou sublimation de la mémoire qui est à la base des mythes et de l’histoire nationale. .... Kantor s’écarte de l’approche traditionnelle de la mémoire et de sa fonction — de Freud aux études actuelles sur la mémoire — et il nous met au défi de nous souvenir de tout et de tout oublier. Ce conseil de la douzième Leçon milanaise fait partie d’un moyen mnémotechnique qui nous donne la possibilité, comme il l’appelle, de « répéter ». Cette répétition, incohérente avec la version originale, nous permettra de voir ce que nous faisons maintenant comme un message « rejeté », mais non « déformé » au sens où Kantor l’entend[1].
La lecture chorégraphique a montré qu’il fallait aborder la tâche d’une manière particulière. Le fait même que le fond de cette répétition – présentation soit un film d’une autre mise en scène situe tous les participants : les acteurs, le public et le metteur en scène, dans les espaces et les rôles différents. Le spectateur a participé à deux événements, deux lectures, celle du jeu dramatique et celle de la vidéo, tandis que les acteurs et le metteur en scène ont fait une seule lecture critique de la pièce. Les interventions fréquentes d’Elizabeth Czerczuk, assise derrière le pupitre du metteur en scène, ont prouvé que le processus créatif en est au stade de la recherche de sa propre forme d’expression. La démarche de diriger le spectacle n’allait pas être la même que dans le cas de Kantor. Cette fois, le metteur en scène prend sa place de façon classique, il est à l’extérieur et non à l’intérieur du spectacle, il ne joue donc pas un double rôle.
Le spectateur, quant à lui, a plutôt été conduit par un fil, semblable à celui d’Ariane, dans un laboratoire dans lequel on cherche la formule alchimique du spectacle. Comme il arrive dans ce théâtre, il doit jouer un rôle actif de catalyseur. Certes, pour ceux qui n’ont pas été confrontés à de telles méthodes, l’expérience devient très choquante. Simultanément, cela a permis au spectacle de prendre la bonne voie pour sa future version. La recherche de la mémoire chez Kantor oblige toute tentative de mise en scène de ce type de chef-d’œuvre à une création nouvelle, à trouver des moyens d’expression originaux et, maintenant, à préserver le sens de l’œuvre originale. Irena Górska déclare […] « la dernière représentation de « Aujourd’hui, c’est mon anniversaire », qui confirmera symboliquement que, d’une manière plus littérale, la biographie de l’auteur et la biographie de l’œuvre s’identifient l’une à l’autre. L’œuvre d’un artiste est donc un test de soi dans une dimension psychologique, mais aussi physique, biologique.”[2]Elizabeth Czerczuk comprend parfaitement ce message.
2. À la recherche de l’expression (la première séance dramatique chorégraphique)
La seconde étape, de la création de Czerczuk, consistait à présenter des fragments de la pièce le 12 mai : le spectateur a été confronté à une construction plus fluide, mais pas entièrement polie, ce qui était prévu. Ceux qui ont assisté à la première lecture ont pu constater à quel point le spectacle avait évolué. Cette fois-ci, nous avons eu l’occasion de participer à un essayage de la performance définitive. Le jeu des acteurs a gagné en assurance et en finesse, Elizabeth Czerczuk elle-même a interprété une scène vue dans d’autres de ses productions. Elle a aussi démontré explicitement que nous étions déjà dans son monde de rêve et dans son jardin fantastique. C’était un transfert de la réalité du texte, de sa didascalie vers une autre dimension. La méthode d’Elizabeth Czerczuk puise généreusement dans le trésor de Kantor. Comme lui, Czerczuk ne se concentre pas sur la présentation des événements dans le sens chronologique et caractéristique d’une pièce de théâtre jouée de manière classique. Elle construit des images destinées à susciter de fortes réactions émotionnelles chez le public. De plus, elle stimule l’ensemble du processus intellectuel et créatif. Ainsi, chacun peut se constituer le fil de l’intrigue littéraire à partir de ses propres fragments de souvenirs et de sentiments. La différence entre Kantor et Czerczuk réside dans les moyens d’expression. Dans l’approche de Kantor, la parole, la scénographie et l’orchestration sont des éléments indépendants. Ils collaborent. Le théâtre de Czerczuk, toutefois, radicalise l’expression et le mène à l’incarnation totale de tous les éléments. Par ailleurs, il convient de noter qu’une nouveauté dans le spectacle est l’élargissement de l’équipe de musiciens, qui peut être à l’avenir remplacera la lecture d’enregistrements sonores. Toute cette instrumentation conduit à une graduation de la tension et de la dynamique des scènes individuelles. Les images racontent à chacun de nous notre histoire personnelle : la cruauté et la tragédie de la guerre vécue directement, vue à la télévision ou sur Internet sont exprimées par un groupe d’acteurs avec des valises armées des baïonnettes. Le bruit tonitruant et la clameur de la civilisation dans la scène avec les journaux éveillent en nous divers sentiments de la réalité quotidienne. La scène avec le prêtre fait référence à notre relation compliquée avec les institutions religieuses et notre spiritualité. Les scènes de vie familiale sont chaotiques et bouleversantes. La fin du spectacle nous laisse inassouvis puisque nous ne participons qu’à une partie de la future représentation. Nous attendons la suite, contraints d’interrompre le travail sur la reconstitution de notre mémoire. La partition est suspendue pour le spectateur, tandis que le réalisateur et l’équipe sont soumis à une pression créative constante, comme l’a toujours voulu Tadeusz Kantor.
Pour la petite histoire : le 12 mai est réellement le jour de l’anniversaire d’Elizabeth Czerczuk.
3. À la recherche de l’expression (la seconde séance dramatique chorégraphique)
Une autre répétition du spectacle, le 30 juin, a montré à quel point la pièce de Kantor peut changer sous la baguette d’Elizabeth Czerczuk. Par rapport à la performance du mois de mai, nous avons affaire à une conception plus mûre et plus raffinée. De nombreuses scènes peuvent être considérées comme bien construites et pensées dans les moindres détails. L’opposition entre les deux groupes, celle d’acteurs et celle de danseurs, en est un exemple. L’un symbolise, par la danse et le geste, tout ce qui constitue le côté sombre de notre civilisation, tandis que l’autre représente les éléments exploités par Kantor et par Gombrowicz : l’esprit de clocher, l’altérité, mais également quelque chose de honteux qui nous fait défaut malgré tout, une sensation qui nous définit d’une certaine manière, que nous le souhaitions ou non. Ceci a été souligné par les textes livrés en polonais par Barbara Orzelowska, qui a joué cette scène techniquement difficile avec une grande précision.
Alors revient la question : la pièce est-elle fidèle à la ligne de partition de Kantor et dans quelle mesure elle s’écarte et s’envole dans l’espace défini par le concept et l’esthétique d’Elizabeth Czerczuk.
À première vue, on opterait sûrement pour la seconde hypothèse, mais ce serait une simplification excessive. La partition de Kantor peut être lue à la lettre. On peut aussi reconstruire, ce qui semble en fait plus intéressant, la mémoire de cette pièce de théâtre à travers une nouvelle expression. Elizabeth Czerczuk refuse d’être seulement attachée à la didascalie. Elle sait parfaitement que le monde de Kantor contient un message qui va bien au-delà de la lettre du texte. De plus, elle veut exploiter cette réalité dramatique à sa manière tout en préservant l’esprit de « Aujourd’hui, c’est mon anniversaire ». Une autre raison de cette approche est liée à la vision des événements par Tadeusz Kantor.
En incorporant dans son propre espace mental l’espace du théâtre, qui avait auparavant été disséqué de sa mémoire personnelle, l’artiste a créé sa place la plus intime et la plus personnelle sur scène. Il a créé un espace de mémoire personnelle revitalisée[3].
Elizabeth Czerczuk est obligée, depuis la partition originale, d’effectuer la reconstruction de mémoire par rapport à ses propres expériences et d’interpréter le scenario selon ses critères de perception de la réalité. Le traumatisme de la Seconde Guerre mondiale, par exemple, n’étant pas son vécu direct, elle doit autrement interpréter les scènes afin d’obtenir l’effet souhaité et la crédibilité du message. Le personnage de la victime de la guerre joué par Zbigniew Rola est la meilleure preuve de ce choix. Il en va de même pour les autres scènes.
Comme nous en sommes encore à l’étape des répétitions et des essais, une réponse définitive concernant cet aspect de la pièce sera donnée lors de la représentation finale en octobre de cette année. N’oublions pas que dans cette production, nous avons assisté à un spectacle, certainement beaucoup plus intéressant que le précédent, mais seulement en forme d’une répétition.
[1]Aujourd’hui, c'est mon anniversaire : une reconstitution de la mémoire.https://www.cricoteka.pl/pl/nie-deformowac-rozmowa-michala-kobialki-i-dariusza-kosinskiego/. Le passage traduit par S.Chądzyński.
[2] Irena Górska, Doświadczenie jako próba dzieła - próba siebie. Pamiętnik Literacki CIII, 2012, c. 2 p.11. Le passage traduit par S. Chądzyński.
[3] Marek Pieniążek, Akt twórczy jako mimesis, „Dziś są moje urodziny” 0statni spektakl Tadeusza Kantora, Universitas, Kraków 2005.p. 86. Le passage traduit par S. Chądzyński.
En février dernier, le T.E.C. commençait l’aventure des Lectures chorégraphiées – événement en partenariat avec la Sorbonne Nouvelle et la Théâtrothèque Gaston Baty – par une soirée consacrée à Tadeusz Kantor, figure de proue du théâtre d’avant-garde du XXe siècle, principale source d’inspiration d’Elizabeth Czerczuk.
Aujourd’hui, c’est mon anniversaire est l’œuvre ultime de T. Kantor, qui n’a pu être parachevée par le maître lui-même, décédé en décembre 1990, un mois avant la première (au Théâtre Garonne, à Toulouse). Elizabeth Czerczuk continue donc de suivre les traces de Kantor pour emmener les spectateurs d’aujourd’hui dans l’univers imaginé par ce grand créateur.

Le 12 mai est une date ô combien importante et symbolique, car elle rapproche Tadeusz Kantor et Elizabeth Czerczuk grâce à un certain anniversaire. Histoire à suivre...
Découvrez les prémices de cette nouvelle création, le 12 mai 2022, à 20 heures.
Le 30 juin, suivez la deuxième étape de ce processus créatif, avant la grande première en octobre prochain.
Nombre de places limité.
Réservation obligatoire ici* ou par téléphone au 01 84 83 08 80 ou 06 12 16 48 39 ;
par courriel à contact@
Mercredi 27 avril - après la deuxième Lecture chorégraphiée consacrée à Antonin Artaud en mars - s’est déroulée la troisième Lecture, événement en collaboration avec la Théâtrothèque Gaston Baty.
Véritable parenthèse théâtrale, chacun a pu apprécier l’esthétique beckettienne de la performance, remodelée par la metteure en scène du T.E.C., Elizabeth Czerczuk. Les trois pièces mises à l’honneur pour l’occasion, Pas, Pas moi et Berceuse, ont transporté toute l’assemblée dans un univers parallèle, une soirée hors du temps.
Sur scène, les comédiens, agissant tels des pantins, étaient guidés par une contrebasse et bercés par les textes, à travers une mystérieuse voix lancinante.

En résonance avec la performance proposée, une discussion autour du travail de Samuel Beckett, modérée par Céline Hersant de la Théâtrothèque Gaston Baty, a eu lieu aux côtés d'Elizabeth Czerczuk et de Céline-Marie Hervé (auteure de C'est dans la boîte : le dispositif photographique dans les scénographies théâtrales de Samuel Beckett). Cet échange a permis de mettre en lumière l'importance de la scénographie chez Beckett ainsi que les rouages de la performance d’Elizabeth Czerczuk.
Cette soirée inspirée a bouclé en beauté la première série des Lectures chorégraphiées. Une réussite nous confortant dans l'idée de poursuivre ce cycle la saison prochaine.
Retrouvez ici* la vidéo de la soirée.
L'enthousiasme sucité lors de la soirée sur Samuel Beckett a fait naître, chez Elizabeth Czerczuk et ses artistes, le désir de créer un véritable spectacle, donnant toute son ampleur à cette performance.

Deux représentations sont prévues le jeudi 2 et le samedi 4 juin, à 20 heures.
Réservation ici* ou par téléphone au 01 84 83 08 80 ou 06 12 16 48 39 ;
par courriel à contact@
« Telle une vitrine de bijouterie, les trésors présentés au Théâtre Elizabeth Czerczuk brillent de mille feux et enflamment l’envie de tous les essayer. Faites-vous plaisir en franchissant le pas et vivez une "expérience unique". »
Une spectatrice dans le livre d'or

Au milieu des nouveautés, Dementia Tremens*, spectacle phare de la saison, poursuit son chemin dans une configuration scénique inédite, le 21 mai, les 16 et 18 juin, à 20 heures.
Réservation ici* ou par téléphone au 01 84 83 08 80 ou 06 12 16 48 39 ;
par courriel à contact@
Le Laboratoire d’Expression Théâtrale se renouvelle et se prépare pour la prochaine saison 2022–2023.
Dirigée par Elizabeth Czerczuk, docteure ès arts dramatiques, la formation propose un entraînement physique, vocal et émotionnel dans de véritables conditions scéniques. À travers l’enseignement de la directrice du T.E.C., les élèves se retrouvent immergés au cœur d’un processus créatif. Animée par le concept de théâtre total, la pédagogie de la metteure en scène dépasse les clivages entre chant, danse et jeu théâtral.
L’objectif premier de la formation : s’approprier l’espace scénique et travailler les modes d’expression vocale et corporelle. La formation se clôt par une représentation publique en costumes et en musique sur la scène du T.E.C. à la fin de chaque trimestre.

Découvrez la vidéo* de présentation de notre école, et plus d'informations ici*.
Des auditions sont organisées les 3, 4, 13 et 14 juin.
Inscriptions pour les auditions :
- par téléphone au 01 84 83 08 80 ou 06 12 16 48 39 ;
- par courriel à contact@
« Le Théâtre Elizabeth Czerczuk, à quelques pas de Nation. Elizabeth Czerczuk est accompagnée d’une troupe d’acteurs marionnettiques qui font froid dans le dos et rire nerveusement en même temps. Cette troupe horrifique nous emmène dans une salle de spectacle très envoûtante, comme la crypte de l’endroit. Un théâtre qui procure une expérience mémorable. D’abord pour l’endroit qui est une œuvre à lui tout seul, mais encore plus pour les spectacles qui y sont joués, qui côtoient la performance et la danse, qui s’inscrivent dans l’héritage polonais. Un théâtre qui invente son propre genre que l’on ne voit nulle part en France. »
Propos recueillis dans l’émission « La Grande Table critique » de France Culture, le 18 mars dernier, du journaliste Victor Inisan, de chez I/O Gazette.

Retrouvez l'émission complète ici* et le passage sur le T.E.C. à partir de 15 minutes.
Trois représentations de Dementia Tremens* en avril : le samedi 2, le jeudi 7 et le samedi 9, à 20 heures.
La deuxième soirée des Lectures chorégraphiées, en collaboration avec la Théâtrothèque Gaston Baty de l’université Sorbonne Nouvelle, s’est déroulée au T.E.C. le mercredi 23 mars.

Cette édition consacrée à Antonin Artaud, a marqué les esprits. Elle avait pour thème : le Théâtre de la cruauté, conceptualisé par le poète maudit. Dès l’entrée dans le Théâtre, le ton était donné : déambulation périlleuse dans les coulisses du T.E.C., décor macabre, bruitages expérimentaux envoûtants, éclairs éblouissants, silhouettes torturées, imaginés par la metteure en scène, Elizabeth Czerczuk.
En écho à la performance chorégraphique détonante, une discussion autour d’Antonin Artaud, modérée par Céline Hersant, de la Théâtrothèque Gaston Baty, s’est déroulée avec la participation de François Audouy, Ilios Chailly, Michel Krzyzaniak, Sergiusz Chadzynski et Elizabeth Czerczuk.

Le cycle des Lectures chorégraphiées se poursuivra avec le troisième et dernier volet de la saison, le mercredi 27 avril, à 19 heures, sur Samuel Beckett.
Retrouvez ici* la vidéo de la deuxième Lecture.
« Trouver une forme qui accommode le désordre, telle est aujourd’hui la tâche de l’artiste. »
Samuel Beckett
Cette prochaine Lecture abordera l'œuvre de Beckett à travers trois de ses pièces : Pas, Pas moi et Berceuse, le mercredi 27 avril, à 19 heures.
Samuel Beckett est l’auteur de pièces de théâtre qui expriment l’angoisse devant l’absurdité de la condition humaine. Ses œuvres mettent en exergue le temps qui passe réduisant les personnages à l’immobilité, comme dans sa pièce la plus célèbre En attendant Godot (1953).

Les trois pièces choisies par Elizabeth Czerczuk, ont en commun divers aspects esthétiques : le minimalisme et la mise en avant de la parole féminine. Elles reflètent la recherche de Beckett dans la scission entre le personnage et sa parole, entre le récit et l’espace scénique.
Elizabeth Czerczuk développera des aspects peu mis en avant par le dramaturge, tels que les attitudes physiques des personnages, afin d’accentuer la complexité des êtres et ainsi mettre en lumière la parole.
Retrouvez ici* le programme détaillé.
En lien avec la troisième Lecture, la classe de maître* du mois d’avril abordera le travail de Samuel Beckett, du 25 au 29. L’aspect de la parole sera particulièrement mis en avant, élément crucial chez l’auteur irlandais.
À travers l’enseignement d’Elizabeth Czerczuk, les élèves se retrouvent plongés au cœur d’un processus créatif. Animée par le concept de théâtre total, la pédagogie de la metteure en scène dépasse les clivages entre chant, danse et jeu théâtral. L’objectif premier des classes de maître ce mois-ci : s’approprier l’espace scénique et travailler en particulier les modes d’expression verbale et vocale en lien avec l'expression corporelle.

À la fin de la semaine de formation, un spectacle inspiré des trois œuvres de Samuel Beckett sera présenté dans les conditions scéniques du T.E.C.
Encore deux classes de maître : du 2 au 6 mai et du 6 au 10 juin.
Découvrez la vidéo* de présentation de notre école et plus d'informations ici*.
Inscriptions par téléphone au 01 84 83 08 80 ou 06 12 16 48 39 ;
par courriel à contact@
Chers amis du Théâtre,
Le mois de février était consacré à Tadeusz Kantor, créateur d'avant-garde du XXe siècle. Le 16 février dernier, en collaboration avec la Théâtrothèque Gaston Baty et l’Institut d’Études Théâtrales de l’université Sorbonne Nouvelle, le T.E.C. a organisé la première soirée des Lectures chorégraphiées.
Performance artistique dirigée par Elizabeth Czerczuk, discussions autour des mémoires d’archives et du travail de Tadeusz Kantor - aux côtés de Céline Hersant et d'Aurélie Mouton-Rezzouk, de la Sorbonne Nouvelle - puis débat avec le public... la soirée fut riche en échanges !

Cette première lecture a fait émerger dans l’esprit de la directrice du T.E.C. l'idée d’un nouveau spectacle, inspiré de l'œuvre de T. Kantor, prévu pour la fin de saison.
Le cycle des Lectures chorégraphiées poursuit son chemin, avec le deuxième volet, le mercredi 23 mars, à 19 heures, sur Antonin Artaud.
Retrouvez ici* la vidéo de la première Lecture.
« Un voyage dans une machine improbable, train-tramway où l'on tressaute ou pas, qui se peignant, qui pleurant, tombant, hululant, fumant on ne sait quoi, aboyant ou gémissant, faisant tout ce que l'humain peut faire ou défaire. Voyage en catharsis, orchestré, mis en vie par Elizabeth Czerczuk, décalée, cathartisée : au pays des jouets, nonnes, princes du son et de la lumière, danseurs invertébrés, danseuses éthérées et désarticulées, de la magie, des marionnettes humanisées, on reviendra. À la source mille et une fois je boirai. »
Une spectatrice BilletReduc

Le spectacle Dementia Tremens* se poursuit au mois de mars, après avoir repris son souffle. La Compagnie s'agrandit en intégrant de nouveaux artistes pour ce spectacle et ses futurs projets.
Réservez pour Dementia Tremens* les 12, 17 et 19 mars à 20 heures.
« Je voulais une œuvre neuve [...] avec des vibrations, des consonnances qui invitent l’homme à sortir avec son corps pour suivre dans le ciel cette nouvelle, insolite et radieuse épiphanie. » Antonin Artaud - Lettre à Wladimir Porché – 4 février 1948
Ce deuxième volet mettra à l’honneur Antonin Artaud et sa dernière œuvre Pour en finir avec le jugement de dieu, transcription sur papier de sa création radiophonique. L'émission aurait dû être diffusée en 1948 mais fut finalement censurée par la direction de la Radiodiffusion française par peur du scandale.
Lors de cette séance chorégraphique au T.E.C., le public entendra la voix d'A. Artaud pour une immersion totale dans le travail du poète maudit.

Antonin Artaud, poète, acteur, dessinateur et théoricien du théâtre, est l'auteur du concept de « théâtre de la cruauté », mis en lumière à travers son œuvre Le Théâtre et son double (1938). Artaud provoquait chez le spectateur un conflit intérieur qui ébranlait l’édifice social lui servant de repère. Il cherchait à transformer radicalement la littérature, le théâtre et le cinéma.
Retrouvez ici* le programme détaillé.
La Lecture chorégraphiée suivante est prévue pour le 27 avril, sur l'œuvre de Samuel Beckett.
En lien avec la deuxième Lecture, la classe de maître* de mars abordera le travail d’Antonin Artaud et son concept radical de « théâtre de la cruauté ».
L’enseignement d’Elizabeth Czerczuk plongera les élèves au cœur d’un processus créatif, animé par le concept de théâtre total. La pédagogie de la metteure en scène dépasse les clivages entre chant, danse et jeu d'acteur. L’objectif premier des classes de maître : s’approprier l’espace scénique et travailler les modes d’expression autant corporelle que vocale.

À la fin de la semaine de formation, une présentation inspirée de l'univers d'Antonin Artaud aura lieu dans les conditions scéniques du T.E.C.
Encore trois classes de maître cette saison : du 25 au 29 avril, du 2 au 6 mai et du 6 au 10 juin.
Découvrez la vidéo* de présentation de notre école et plus d'informations ici*.
Inscriptions par téléphone au 01 84 83 08 80 ou 06 12 16 48 39 ;
par courriel à contact@
Elizabeth Czerczuk, comédienne, metteure en scène, directrice de théâtre, docteure en art dramatique, est une des plus illustres représentantes de la culture polonaise en France. Elle vient de recevoir le prix de la culture 2021, remis par l’ambassadeur de Pologne. Au sein des institutions qu’elle a côtoyées lors de ses années de formation, les conservatoires nationaux supérieurs d’art dramatique à Cracovie, où elle a pu plonger dans l’univers de Tadeusz Kantor, à Paris, où elle a collaboré entre autres avec Daniel Mesguich, elle joua les œuvres des grands personnages qui ont révolutionné le théâtre au XXe siècle. Dans la lignée des Gombrowicz, Witkiewicz et Grotowski, mais aussi inspirée par le mime Marcel Marceau et la chorégraphe Karine Saporta, elle en convoque aujourd’hui les mânes dans nombre de ses propres créations au TEC (Théâtre Elizabeth Czerczuk). Ses pièces – expressions d’art total – sont des révélations secouantes et électriques, à la beauté convulsive.
Le TEC est à la fois une salle de spectacle et une école de théâtre, consacrées à la création contemporaine et à la recherche théâtrale. Situé rue Marsoulan, toute proche de la place de la Nation, le TEC est aussi un lieu de résidence pour les auteurs, les compagnies invitées, un centre de conférences et un lieu d’expositions d’œuvres d’art. Elizabeth Czerczuk tient au travail protéiforme de son théâtre et à son usage multifonctionnel.
Petit bureau sombre derrière le foyer. Meublée de noir, cette pièce toute monacale est à peine égayée par deux tableaux abstraits. Contraste tout de sobriété avec le reste du théâtre, constellé d’éclats de rouge, de rose. Les mannequins de vitrine de confection portant loups et bas résille y semblent à chaque angle de couloir vous inviter à avancer plus loin dans le libertin et le déconcertant. L’interview qu’Elizabeth Czerczuk nous a accordée tombe à pic pour enrichir le dossier programmé pour février prochain : « L’art peut-il sauver le monde ? » Il nous faut respecter les distances physiques – et non pas sociales, quelle bêtise que la notion de « distanciation sociale » !… – Elizabeth Czerczuk me désigne un fauteuil tapissé au point de croix d’un moderne-chic décor baroque et s’assied derrière son bureau faiblement éclairé. Nous pouvons commencer.
Rebelle(s) – Vous semblez dans vos œuvres vouloir exprimer par le corps ce que vous pourriez avoir plus de mal à dire, du fait de la difficulté de passer d’une pensée à l’autre, d’une langue à l’autre.
Elizabeth Czerczuk – Il est certain que la langue polonaise est plus aisée pour moi, et que la résurgence des sources de l’émotion, la forme pour les exprimer me viennent plus spontanément au travers des corps. Mon expression verbale est chaotique. Cependant, je n’incrimine pas seulement le fait d’être polonaise et d’essayer de mieux maîtriser le Français. Ou de m’ouvrir à l’autre culture, à la façon d’être. C’est très complexe. Gombrowicz, qui a laissé un héritage dramaturgique considérable, est mort ici en France (Elizabeth Czerczuk a adapté en 2017 une de ses pièces emblématiques : Yvonne, Princesse de Bourgogne). Il écrivait dans son journal qu’il est impossible, à travers quelque expression que ce soit, de transmettre tout ce qui est en nous. Il était dans la richesse de la forme. Moi aussi, je cherche la forme. Comment peut-on transmettre aux spectateurs, comment communiquer ?
Gombrowicz constatait qu’il n’est pas possible de trouver une forme pour la vie intérieure. Or nous sommes dans la société de la forme. Dans les convenances, les règlements, la technologie ; tout nous met dans la forme, nous y pousse. Par contre, notre être – ce qui nous constitue – n’a pas de forme. Il est tellement difficile de sortir quelque chose de nous qui ait une forme. Ce qui est déjà en forme est une hypocrisie. Le personnage d’Yvonne n’a pas de forme. Comme d’ailleurs Albertine (ndlr : personnage d’une autre pièce de Gombrowicz : Opérette). Est laissé au metteur en scène ou au lecteur le soin de donner une forme au personnage.
Rebelle(s) – La société est pleine de diktats formels. Avec ses conventions, elle nous empêche de TOUT exprimer. Cette forme dont vous parlez n’est-elle pas un autre nom pour la vérité, ce que le théâtre, justement, permet de réaliser ?
EC – Oui, absolument ! On veut transmettre sa vérité. On en cherche la forme. C’est le problème. Aujourd’hui, dans l’univers de l’art, s’exprime un groupe de « scandalistes ». Ce sont des metteurs en scène d’art « brut ». Par exemple, dans la catégorie « Sujets à vif » du Festival d’Avignon, qui promeut de jeunes artistes chorégraphes et danseurs, sont présentés des spectacles à la recherche d’une nouvelle forme. Je constate que certains de ces artistes sont plutôt des performeurs proposant une vérité brute qui leur est propre. La question est : la vérité brute existe-t-elle ? Qu’est-ce d’ailleurs que la vérité ?
Rebelle(s) – Sa propre vérité n’est pas celle de l’autre. Qui plus est, la vérité brute n’est pas articulée. Si c’est un cri, ne manquerait-il pas un langage qui est bien une expression formalisatrice, donc par essence réductrice ?
EC – C’est en partie cela (je sens une hésitation chez Elizabeth Czerczuk). Mais il faut une vérité, quelque chose qui peut toucher autrui ! Si l’on ment, on n’y arrive pas. Les mensonges ne touchent jamais. Il faut chercher. Chez les « scandalistes », les cris, le sang qui coule, le corps brutalisé résultent de cette recherche. Le corps devient un objet. Pas d’esthétique mais une sensibilité violente…
Rebelle(s) – Au-delà de la recherche, de l’expérimentation apportée par l’art brut qui repousse des limites, ne faut-il pas arriver à des contraintes choisies ?
EC – Je suis d’accord avec cette philosophie. Pour moi, l’art est contemplation et construction. Transmettre une forme – même imparfaite – qui peut toucher, qui peut provoquer l’émotion chez le spectateur. Et la vérité, ce n’est pas seulement quelque chose de cru mais aussi tout ce qui se passe autour. C’est une ambiance. La métaphore du poisson dans l’aquarium montre que, si on en retire le poisson, il meurt. La mort, ce n’est pas la vérité du poisson. La vérité c’est le tout, le poisson et le contenu de l’aquarium. Autre façon de l’exprimer : une vérité, c’est ce qu’on voit, mais aussi et en même temps ce qu’on ne voit pas. Or on ne respecte pas ce qu’on ne voit pas. Il s’agit donc bien de chercher une forme à ce qu’on ne voit pas.
Rebelle(s) – Ce qu’on voit est fini, alors que ce qu’on ne voit pas est infini…
EC – Exactement ! Tout dépend alors de ce que reçoit le spectateur, de sa vérité à lui. Ma recherche théâtrale est une catharsis afin d’apporter un nouveau souffle. Dans la Poétique d’Aristote, il est question de mimésis. Mais il ne s’agit pas d’une imitation. Il s’agit de transmettre afin de pouvoir contempler.
J’ai eu la chance de vivre à Cracovie et à Wroclaw, grandes villes de création théâtrale. Au théâtre, la nuit, se tenaient des ateliers laboratoires. S’y déroulaient des expérimentations, des sortes de processus dramaturgiques comme le cycle « L’arbre de la vie ». Grotowski plongeait dans les archétypes, dans les mythes, pour toucher le subconscient du spectateur. Il a cherché toute sa vie. Il n’a créé lui-même que quatre œuvres. Ses collaborateurs ont fait connaître son travail et ont rapporté que le public était souvent choqué par les spectacles.
Sa démarche est devenue une source pour d’autres créateurs. Et c’est toujours une eau difficile à servir à notre époque.
Rebelle(s) – Qu’est-ce qui est aujourd’hui encore utilisé de ce théâtre inventé en Pologne dans les années 50 à 80 ?
EC – Tout ce qui relève du théâtre total, du comédien intégral. L’aspect physique du travail sur scène. Antonin Artaud avait commencé la révolution avec son « théâtre de la cruauté ». Grotowski (1) a continué avec le travail corporel du comédien. Déjà Artaud voulait choquer le public. Il agressait, surprenait le spectateur. Grotowski, lui, modèle l’acteur ; il l’incite à plonger en lui-même, à y rechercher ce qu’il a de sacré. Ne pas avoir peur de dévoiler ses faiblesses, si bien cachées, si bien enfouies. Cet inaccessible, Grotowski oblige à le retrouver et à le mettre au jour, en perturbant le comédien.
Le Russe Constantin Stanislavski demandait à l’acteur de retrouver les émotions puissantes de sa propre enfance afin de permettre au spectateur de croire à son personnage. L’appel à la mémoire du vécu comme outil de construction du personnage. Grotowski, lui, va chercher les archétypes comme Jung.
Rebelle(s) – Que recherchez-vous dans votre théâtre ? Comment procédez-vous ?
EC – Je recherche, à travers la vérité intérieure des artistes, comment susciter la catharsis. Beaucoup de personnages, d’images de mes spectacles prennent source dans des archétypes, entre autres, bibliques. Je me dirige avec l’intuition. Le public cherche souvent la légèreté, le divertissement. Ce n’est pas le cas de mes spectacles. Même si vous avez ressenti le dernier d’entre eux – Dementia Tremens – via la seule beauté plastique ou musicale, il y a néanmoins plusieurs couches et on peut y accéder autrement.
Rebelle(s) – Et le texte ?
EC – Le texte n’est pas tout le théâtre. Il y a aussi la lumière qui donne l’esprit ; la musique qui appuie le rythme intérieur des personnages ; le costume qui manipule et donne la forme du corps caché, provoque une démarche, une autre façon d’être. Le texte pour moi est une expérience éminemment personnelle. Quand je lis Racine dans mon coin, cela évoque des images et je n’ai pas besoin qu’on m’en impose. Par contre, quand je vais au théâtre, je veux qu’on me déstabilise, qu’on touche mes sens. Pas seulement les oreilles et les yeux, mais tous les sens. J’insiste là-dessus. Il ne suffit pas d’enfiler un costume ou de mettre une couronne d’épines pour devenir l’archétype de Jésus-Christ…
Rebelle(s) – La société est traversée par la peur, les médias distillent la peur. Le théâtre peut-il la combattre ?
EC – Le théâtre que je souhaite est le contraire de la peur. C’est donner l’espoir, faire prendre conscience que le soleil brille, qu’il y a la beauté. D’un côté, je comprends la démarche des « scandalistes » car c’est une démarche d’artistes. C’est une révolte pour autrui, pour l’Homme qui est angoissé, confronté aux psychoses omniprésentes. Mais si on ne donne à voir que des scènes de brutalité, on reste dans la nuit.
Or je suis assoiffée de lumière. Comme Platon, la beauté et la vérité ensemble. Les philosophes esthètes m’inspirent. Par exemple, le Français Eugène Véron ou l’Italien Benedetto Croce. Je suis convaincue que le spectateur est victime d’une « moutonisation » de la société et de son cortège de convenances. « Moutonisation », c’est le mot de Witkiewicz dès les années 30. Il était très lucide, il nous parlait de ce qui est aujourd’hui en jeu. C’est très difficile de sortir tout le monde – spectateurs comme comédiens – du cadre, de cet enfermement qui nous pousse vers le « trou ». On peut se perdre dans les drogues. Notre rôle d’artiste est de purifier les émotions à travers l’art.
Rebelle(s) – Quels sont vos rapports avec les autres metteurs en scène ?
EC – J’ai en fait très peu de temps pour analyser les créations des autres. Mon esthétique est différente mais certains contemporains m’intéressent. En tant que créatrice, j’ai trouvé beaucoup de valeur dans le travail chorégraphique et dramaturgique de Jan Fabre qui a bouleversé le Théâtre de la Ville. Également dans celui de Romeo Castellucci qui donne souvent ses spectacles à Avignon et dont j’admire la force, la détermination dans la recherche scénographique et intellectuelle.
Je suis pour ma part d’autres chemins. Par exemple, j’exprime mon univers au travers du corps des danseurs et ça me bouleverse.
Je suis intéressée par le travail des autres dramaturges mais ne crois pas à la mise en scène collective, à la discussion pour créer un spectacle. Je suis totalement obsédée par mon travail avec mes artistes ; je suis très investie, très têtue pour obtenir ce que je désire.
Rebelle(s) – D’où est venue votre vocation théâtrale ?
EC – Je pensais tout d’abord devenir médecin. Ma famille comptait que je fasse des études ; étant bonne élève, cela allait de soi. Mon père m’a offert un crâne afin que j’apprenne l’anatomie. J’ai compris que je préférais faire du théâtre, devenir médecin de l’âme. Ce crâne a alors éveillé en moi l’archétype de Salomé ! En cachette, je suis partie de Wroclaw, ma ville natale, pour Cracovie avec le Monologue de Salomé dans la poche (ndlr – pièce d’Oscar Wilde) afin de tenter le concours d’entrée au Conservatoire. Il y avait mille candidats… et quatre places pour les filles, six pour les garçons. J’ai réussi. Seule ma grand-mère était au courant. Avec elle, enfant, je regardais Daniel Mesguich jouer Napoléon à la télévision !
Je voulais m’éloigner de la Pologne, franchir les frontières pour découvrir d’autres méthodes de travail. Paris était le centre de la culture, on ne pouvait trouver mieux. J’ai passé un concours pour obtenir une bourse du gouvernement français et je suis devenue stagiaire au Conservatoire national supérieur d’art dramatique, où j’ai bien sûr choisi Daniel Mesguich comme professeur ! J’ai découvert l’école de Marcel Marceau, ensuite j’ai travaillé avec Karine Saporta à Oslo, puis au Théâtre de la Ville. Avec tout le temps un pied en France, un pied en Pologne. Et toujours avide de nouvelles techniques : le mime, les techniques d’Etienne Decroux…
Rebelle(s) – Le crâne, c’est Hamlet. Et vous faites du théâtre, c’est une image magnifique !
EC – Oui, d’une représentation de la mort à la médecine de l’âme… Comment purifier nos émotions aujourd’hui ? Passer des angoisses, des peurs à une libération.
Rebelle(s) – Qu’est-ce que ça induit, d’être polonaise en France ?
EC – Le lien avec la France est puissant. L’acte de résurrection de la Pologne a été signé en 1919 avec le traité de Versailles… Beaucoup d’écrivains, d’artistes polonais – les grands romantiques – ont vécu en France au XIXe siècle alors que la Pologne en tant qu’État n’existait plus. Une romantique comme moi ne peut être indifférente à cela. La Pologne est plus une âme qu’une terre. Il est difficile de dire « on est Polonais, on est Français, etc. » Mon cœur de Polonaise est au service de la culture sans frontières.
Pour ce qui est de la technique structurale de l’art théâtral, je l’ai surtout apprise en France. En Pologne, ce qui était cultivé est ce dont nous avons parlé au début, le système Stanislavski, l’émotion. Par contre, pour la technique, les styles corporels, je m’en suis imprégnée principalement en France. Ma pratique repose sur le mélange de tous ces éléments.
A Paris, l’accueil des étrangers est sans égal. Je peux y profiter de la culture non seulement française mais aussi d’autres pays. Comme Pina Bausch ou Caroline Carlson au Théâtre de la Ville. Les lieux de création sont souvent dirigés par des étrangers. Cette ouverture fait de Paris un centre de la culture, à l’échelle européenne et même mondiale.
Interview par Éric Desordre
1- Jerzy Grotowski, grand réformateur du théâtre : « Le théâtre doit reconnaître ses propres limites. S’il ne peut pas être plus riche que le cinéma, qu’il soit pauvre. S’il ne peut être aussi prodigue que la télévision, qu’il soit ascétique. Il n’y a qu’un seul élément que le cinéma et la télévision ne peuvent voler au théâtre : c’est la proximité de l’organisme vivant. Il est donc nécessaire d’abolir la distance entre l’acteur et le public, en éliminant la scène, en détruisant toutes les frontières. Que les scènes les plus âpres se produisent en face à face avec le spectateur et que celui-ci soit à la portée de la main de l’acteur, qu’il sente sa respiration et sa sueur. » (Vers un théâtre pauvre.)
Prochaines dates pour le spectacle Dementia Tremens :
jeudi 3 février à 20h
samedi 5 février à 20h
dimanche 13 février à 16h
samedi 19 février à 20h
samedi 12 mars à 20h
jeudi 17 mars à 20h
samedi 19 mars à 20h
dimanche 27 mars à 16h
Vidéo de Dementia Tremens :
Reportage de la télévision polonaise :
https://polonia.tvp.pl/58031129/thtre-elizabeth-czerczuk-polska-sztuka-w-paryzu-tylko-online
La semaine dernière, ont eu lieu deux nouvelles représentations de Dementia Tremens*. Ce fut un bonheur de replonger dans cette création en perpétuelle évolution.
« La joie et la démence vous submergent dès votre entrée dans ce théâtre. Vous vous déconnectez dès lors de l'extérieur pour pénétrer dans un monde qui m'était jusqu'à présent inconnu : celui de l'œuvre d'Elizabeth Czerczuk. Une explosion poétique qui vous prendra aux tripes ! »
Une spectatrice BilletReduc, 7 février 2022

Pour la Saint-Valentin, bénéficiez d'une offre exceptionnelle, ce dimanche 13 février, pour faire découvrir le T.E.C. et notre création phare à une personne qui vous est chère.
Réservez pour Dementia Tremens* le 13 février à 16 heures ; le 19 février à 20 heures ; les 12, 17 et 19 mars à 20 heures et le 27 mars à 16 heures.
Le Théâtre Elizabeth Czerczuk vous invite à une nouvelle série d’événements, les Lectures chorégraphiées, en partenariat avec la Théâtrothèque Gaston Baty et l’Institut d’Études Théâtrales de l’université Sorbonne Nouvelle. Ce cycle de Lectures mêle le texte théâtral avec l'art visuel et l'expression corporelle.
La première de ces Lectures se déroulera le mercredi 16 février 2022, à 19 heures, en mettant à l’honneur l’une des grandes sources d’inspiration d’Elizabeth Czerczuk, Tadeusz Kantor et sa dernière partition : « Aujourd’hui, c’est mon anniversaire ».

À partir d'extraits vidéos du spectacle de Tadeusz Kantor, les artistes de la Compagnie Elizabeth Czerczuk présenteront des phrases chorégraphiées sur scène.
Le spectacle sera suivi d’une rencontre entre les artistes et Aurélie Mouton-Rezzouk, chercheuse et enseignante à l’Institut d’Études Théâtrales de la Sorbonne Nouvelle, modérée par Céline Hersant, de la Théâtrothèque Gaston Baty : « Présences de Tadeusz Kantor ».
Retrouvez ici* le programme détaillé.
D’autres Lectures chorégraphiées sont prévues pour les mois suivants : le 23 mars : Antonin Artaud ; le 20 avril : Samuel Beckett ; le 25 mai : Sara Kane.
« Au théâtre, l’objet cessa d’être accessoire accompagnant le jeu d’acteur […] L’objet devint acteur. L’objet-acteur. » Tadeusz Kantor
La classe de maître* de février abordera le travail de Tadeusz Kantor et l’un de ses concepts : l'objet comme « bio-objet » et « sur-objet ». Chez le créateur polonais, l’objet joue un rôle prépondérant et omniprésent. Bien plus qu’un simple accessoire, il foisonne dans l’espace scénique, où il devient alors une nécessité. À partir de cette notion, les élèves travailleront sur la recherche d’un langage physique, qui s’instaure dans l’espace théâtral par la dissociation du corps.

À la fin de la semaine de formation, un spectacle inspiré de l'univers de Tadeusz Kantor sera présenté dans les conditions scéniques du T.E.C. Celui-là sera développé dans les classes de maître suivantes : du 28 mars au 1er avril ; du 25 au 29 avril ; du 2 au 6 mai ; du 6 au 10 juin.
Découvrez la vidéo* de présentation de notre école et plus d'informations ici*.
Inscriptions par téléphone au 01 84 83 08 80 ou 06 12 16 48 39 ;
par courriel à contact@
Notre nouvelle Biblio-T.E.C regroupe plusieurs centaines d'ouvrages traitant de l'art théâtral : pièces, biographies de dramaturges et de créateurs, cahiers littéraires, dictionnaires et œuvres inédites.
L'inauguration aura lieu à l'occasion de la Lecture chorégraphiée du mercredi 16 février, dès 18 heures, autour d'un verre de l'amitié. Venez profiter de cet espace, ouvert tous les jeudis de 16 heures à 19 heures sur réservation (sauf les soirs de spectacle).

Pour contribuer à l'enrichissement de cette nouvelle Biblio-T.E.C, faites don de vos livres et recevez une invitation pour notre spectacle.
Le T.E.C. revient cette année avec nombre de projets. Une nouvelle série d’événements approche : les lectures chorégraphiées. D'autres manifestations suivront avec, au programme, conférences, expositions, projections...
Notre création Dementia Tremens*, pimentée de surprises, continuera de vous apporter des frissons.

« Les tableaux absurdes, symboliques, s’enchaînent, scènes de folie comme spontanément surgies des chefs-d’œuvre de la Renaissance flamande, jouées, dansées, chantées, ponctuées par les apparitions hallucinatoires d’Elizabeth Czerczuk elle-même. »
Marie-Emmanuelle Dulous de Meritens – La Terrasse*
Réservez pour Dementia Tremens* les 3, 5 et 19 février à 20 heures ; le 13 février à 16 heures ; les 12, 17 et 19 mars à 20 heures et le 27 mars à 16 heures
Le 16 février 2022, en partenariat avec la Sorbonne Nouvelle, nous vous invitons à une soirée consacrée à Tadeusz Kantor, théoricien de l’art, scénographe et metteur en scène illustre du XXe siècle.
Elizabeth Czerczuk, accompagnée de ses artistes, proposera une lecture de la partition du dernier spectacle de Kantor, « Aujourd'hui, c'est mon anniversaire ». Cette lecture sera enrichie de passages chorégraphiés et d'extraits de films du même spectacle.

L'événement sera introduit par l’intervention d’Aurélie Mouton-Rezzouk, maître de conférences à la Sorbonne Nouvelle. Elle abordera le sujet du « Théâtre de la mort » de Kantor dans son contexte théâtral historique. La soirée se terminera par un échange avec le public.
D’autres lectures chorégraphiées sont prévues pour les mois suivants : le 23 mars : Antonin Artaud ; le 20 avril : Samuel Beckett ; le 25 mai : Sara Kane.
"On ne peut imaginer ni l'objet sans l'homme, ni l'homme sans objet." Tadeusz Kantor
Dans la continuité de notre lecture chorégraphiée, la classe de maître* de février aura pour thème le « bio-objet » et le « sur-objet », conceptualisés par Tadeusz Kantor.
Les élèves travailleront sur la recherche d’un langage physique, qui s’instaure dans l’espace théâtral par le décorticage du corps en segments.
L’objet sera au centre de la formation, en tant qu’incarnation des idées et substitut de la parole. L’objet devient alors une nécessité dans l’espace théâtral, puis bio-objet ou sur-objet par la transmission de l’énergie des comédiens à celui-ci. À la fin de la semaine de formation, un spectacle inspiré de l'univers de Tadeusz Kantor sera présenté dans les conditions scéniques du T.E.C.

D’autres classes de maître sont prévues avec l’objectif de développer le travail entamé autour de cet incontournable créateur.
Les classes de maître continuent en 2022 : du 21 au 26 février ; du 7 au 11 mars ; du 25 au 29 avril ; du 2 au 6 mai ; du 6 au 10 juin.
Découvrez la vidéo* de présentation de notre école et plus d'informations ici*.
Inscriptions par téléphone au 01 84 83 08 80 ou 06 12 16 48 39 ;
par courriel à contact@
Le mois dernier, Elizabeth Czerczuk a été nommée « Ambassadrice de la culture polonaise ». À cette occasion, durant une semaine, nous avons accueilli TV Polonia dans notre théâtre pour le tournage d’un reportage sur le travail et les recherches artistiques d'Elizabeth Czerczuk, docteure en art dramatique.

Découvrez ici* ce reportage en intégralité, d'autres suivront bientôt !
Théâtre Elizabeth Czerczuk
20 rue Marsoulan
75012 Paris
01 84 83 08 80/ 06 12 16 48 39
contact@theatreelizabethczerczuk.fr
