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Vision d’artiste

Portrait E Czerczuk


Le T.E.C. va au-delà du théâtre dramatique classique. Même si le texte littéraire est toujours l’inspiration de ses actions scéniques, l’outil de base en est le corps, non le verbe.

Dans le travail sur le spectacle, je mets sur le métier aussi bien l’écrit qui m’intéresse que le « récit du corps » de l’acteur, inscrit dans la spécificité de son mouvement, de sa respiration, de sa physionomie et de son expression corporelle individuelle originale. Ce n’est qu’au contact de ces deux organismes, texte littéraire et corps de l’artiste, que naissent la poétique et la forme des actions scéniques auxquelles je donne le nom de théâtre d’une dramaturgie du corps.

Dans ma conception, le théâtre est dialogue, un dialogue total qui passe par l’instrument sensible qu’est le corps qui sur scène trouve sa place à différents niveaux de l’univers, verbal, non verbal et symbolique, et s’exprime souvent au travers d’un message poétique. Mais le verbe ne fait qu’accompagner le corps dont il s’extrait, le corps restant maître de ce duo. Dans notre théâtre, le corps se fait verbe, signe d’accordance. La corporéité comprise comme organisme, comme rythme, notation matérielle vivante d’émotions et de sentiments, est signe des heurs et malheurs de la vie humaine, pulsion élémentaire qui crée toutes les formes de la « machine du désir », comme dirait Gilles Deleuze. Le théâtre de la dramaturgie du corps est, comme la littérature, cette sorte de miroir dont parle Stendhal, qui reflète les aventures et expériences des hommes qui passent sur ce chemin. Dans mon théâtre, je vais au-delà du canon de la représentation pour passer du côté d’images et de symboles transfiguratifs, surréalistes et poétiques au sens large. Ici, c’est aussi la musique qui parle, aussi forte que le verbe, même si plus éthérée et sollicitant une autre sensibilité du spectateur. Mes « tableaux vivants » qu’inspire l’œuvre littéraire se fondent en un tout dans la musique et l’équivalent scénique du monde représenté.

Le T.E.C. est issu de la tradition de l’avant-garde du théâtre, mais il la dépasse. Je qualifierais plutôt mon théâtre de pratique de trans-avant-garde, au sens où nous ne nous ouvrons pas seulement, comme le faisaient les maîtres de l’avant-garde, à une « fuite vers l’avenir » et à un progressisme d’enthousiasme, mais avant tout et dans l’esprit du temps à un parcours d’espaces divers et d’inventions culturelles. Nous puisons à des sources de notre temps comme d’époques anciennes. Dans ces recherches de formes d’expression adéquates à notre temps, l’intention que n’avaient jamais perdue les artistes de l’avant-garde théâtrale dans leur processus dramaturgique me reste proche, croyant que le théâtre peut être un lieu d’accompagnement, d’initiation et de soutien d’un développement spirituel. Le spectacle théâtral doit prendre, il doit fasciner, voire hypnotiser, et non se faire un moyen de combler l’ennui d’un temps libre. Ni l’avant-garde ni ses héritiers au nombre desquels je me compte ne l’accepteront. Et même si mon théâtre est né d’une précieuse tradition de lutte pour le développement spirituel de l’homme, il est aussi un laboratoire de recherche d’une forme suffisamment vaste pour rendre le rythme et le caractère de notre temps. Mon ensemble multilingue, fait de personnes venant de mondes de l’Ouest et de l’Est, et moi-même, nous nous sentons une troupe d’artistes qui se meuvent tels des pèlerins dans le temps, et s’ouvrent à des messages de cultures diverses pour édifier ensemble une arche de compréhension dans cette « tour de Babel » des langues dont nous nous servons. Car le théâtre a pour fin de construire une compréhension. Nous touchons des domaines de la mémoire collective, des expériences culturelles et des rêves des hommes du passé qui ne se sont jamais effacés de cette mémoire, et restent importants pour nous. Nous ne tolérons pas le dogmatisme et respectons tous les choix, tout en vénérant nos sources, ces « messages de pouvoir » qui nous ont formés et que nous osons interpréter et réinterpréter afin qu’ils enrichissent notre connaissance de nous-mêmes et de ce qui nous entoure.

La chorégraphie est, selon moi, une magie de l’espace, un geste transculturel apte à transformer l’esprit dans le mandala mobile de la réalité. Nous nous ouvrons aux autres et à de nouvelles expériences et visions scéniques. Puissent ces expériences jouer avec celles des personnes qui viennent nous voir et souhaitent créer avec nous le sens de notre travail par une participation active. Les portes de notre théâtre sont ouvertes à tous, car, ainsi que l’écrit Czesław Miłosz dans son Ars Poetica, l’utilité en est de nous rappeler la difficulté de rester la même personne, car « notre maison est ouverte et il n’y a pas de clef dans la porte. Entrent et sortent des hôtes invisibles ». Je suis persuadée que le théâtre a, comme la poésie, un pouvoir cathartique d’ouverture de la conscience au fondement d’une condition humaine faite d’éphémère, d’insondable et de mystère.

 

Elizabeth CZERCZUK

                                                                                      

Elizabeth Czerczuk, Directrice artistique

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« Si elle est plusieurs, c'est qu'elle se veut gardienne, comme autant de bornes à délimiter le territoire d'un gouffre : celui de l'amour, précisément, lorsque, par malheur, il coïncide exactement à celui de la mort. » Daniel Mesguich

Originaire de Wroclaw, en Pologne, Elizabeth Czerczuk baigne dès sa jeunesse dans l’ambiance théâtrale de deux grandes personnalités de la ville : Jerzy Grotowski et Henryk Tomaszewski, figures majeures de la scène polonaise. Elle entre au Conservatoire national supérieur d’art dramatique en 1984, à Cracovie, la ville de Tadeusz Kantor.

En 1991, bénéficiant d’une bourse du gouvernement français, elle entre au Conservatoire de Paris pour suivre l’enseignement de Daniel Mesguich, Philippe Adrien et Jean-Pierre Vincent. Elle fréquente également l’école du mime Marcel Marceau. Elle intègre ensuite la Comédie Française et participe aux mises en scène raciniennes de Daniel Mesguich, puis Karine Saporta, notamment pour sa chorégraphie sur Colette. Elle devient par la suite responsable de la production et de la diffusion de sa compagnie, notamment en Pologne et au Japon.

Toujours partagée entre la Pologne et la France, elle cherche, par le biais de ses multiples activités théâtrales, à cultiver ses racines et à rapprocher ces deux cultures. Son objectif est d’allier le perfectionnement de la technique à la française avec le cœur et l’émotion inhérents à la dramaturgie polonaise.

 

Actrice et danseuse

En Pologne, elle débute comme comédienne sous la direction de nombreux metteurs en scène de premier plan, tels que Jerzy Sthur, Waldemar Smigasiewicz ou encore Jerzy Grotowski. À l’international, elle incarne Serafombix dans The sale of the demonic woman, pièce inspirée de Witkiewicz et dirigée par Zofia Kalinska, collaboratrice de Tadeusz Kantor au Théâtre Grand Meeting Company, en Angleterre. Elle endosse également le rôle d’Edwige dans Le Canard sauvage d’Ibsen, chorégraphié par Karine Saporta et présenté dans des festivals en Scandinavie et au Théâtre de la Ville, à Paris. Elle se fait finalement l’interprète de Salomé, d’après Oscar Wilde, avec Daniel Mesguich comme conseiller à la mise en scène. La pièce se joue dans le cadre des festivals internationaux de Leipzig, Saint-Pétersbourg, Almada-Lisbonne, Dresde, ainsi qu’Avignon à plusieurs reprises.

 

Metteure en scène

Elizabeth Czerczuk crée sa compagnie en 1992. Depuis, elle réalise et met en scène ses créations, souvent dictées par la voix des grands dramaturges et maîtres du théâtre polonais, comme Le Cri d’Ophélie, inspirée de l’Étude sur Hamlet de Wyspianski, ou Matka, d’après Witkiewicz.

Elle rend aussi hommage à de grands compatriotes. À l’occasion du bicentenaire de la naissance de Adam Mickiewicz, en 1998, elle monte pour la première fois en France Les Aïeux (parties II et III), sous l’égide du Collège de France, où il fut professeur. En 2015, elle met en scène Le Banc de l’école pour le centenaire de la naissance de Tadeusz Kantor. Pour célébrer le 250anniversaire de la création du Théâtre public en Pologne, elle joue la même année Le Cri d’Yvonne, création inspirée d’Yvonne, princesse de Bourgogne de Witold Gombrowicz. La pièce est sélectionnée pour le festival 12 x 12, à Paris et jouée au Théâtre de l’Aquarium, à la Cartoucherie de Vincennes.

La metteure en scène est accueillie en France et dans toute l’Europe sur des scènes nationales et dans des festivals internationaux. Elle rencontre toujours un accueil très favorable de la part de la presse et du public, notamment au Festival d’Avignon.

Elizabeth Czerczuk propose aussi des lectures, des mises en scène et des adaptations d’œuvres de dramaturges européens contemporains qui contribuent au renouvellement de la scène théâtrale. Elle s’inspire par exemple des travaux de Samuel Beckett, Jean Genet et Jon Fosse, dont Le Rêve d’automne a donné lieu au spectacle chorégraphié L’Adieu à l’automne.

 

Directrice de théâtre et cheffe de projets européens

En 2002, après la mort du grand maître de la pantomime Henryk Tomaszewski, elle est nommée à la tête de son théâtre. Elle y dirige l’équipe administrative tout en perpétuant, avec un souffle nouveau, la ligne artistique de son fondateur.

De 2010 à 2012, elle crée et dirige, dans le cadre du programme « Culture 2007-2013 » et avec le soutien de la Commission européenne, Homme@Home,l’Homme face aux éléments. Composé de cinq pièces chorégraphiées, ce projet artistique met en scène des artistes internationaux (notamment les Françaises Carolyn Carlson et Karine Saporta) sur le thème des périls écologiques de notre temps. Elizabeth Czerczuk joue d’ailleurs une de ces cinq pièces, Carnaval, au Théâtre Nowy à Lodz, en Pologne. 

En janvier 2016, elle entame un work in progress au sein de la Société de Curiosités qui s’est étendu sur six mois. Avec cette expérience, Elizabeth Czerczuk est allée à la rencontre de son public en lui donnant rendez-vous, l’invitant sur scène, le bousculant et, surtout, en écoutant ses impressions, pour en ressortir enrichie d’inspirations, d’objectifs, de complicités artistiques et d’amitiés. Fin 2016, elle reçoit une distinction culturelle à l’ambassade polonaise pour récompenser l’ensemble de ses créations artistiques.

Elle prend possession de son théâtre parisien en 2013, qu’elle nomme le Théâtre Laboratoire Elizabeth Czerczuk en hommage à son maître, Jerzy Grotowski. Ce lieu lui permet d’entreprendre une démarche personnelle, pluridisciplinaire, en faisant coexister toutes les formes d’expression artistique : théâtre, danse, musique, effets picturaux.

En 2017, elle y entame des travaux pour augmenter la superficie et en faire un lieu incontournable du paysage culturel parisien. Le nouveau Théâtre Elizabeth Czerczuk comprend désormais un grand hall d’entrée, un jardin lumineux, un bar, des loges, une salle de danse ainsi qu’une salle de spectacle entièrement équipée des nouvelles technologies de son et lumière, capable d’accueillir 205 personnes. 

Depuis, elle a réalisé 5 créations avec sa compagnie d'une vingtaine d'artistes, créé un espace de réflexions et de recherches (Laboratoire de Radicalité Artistique) et développé sa propre école de formation d'acteur : Le Laboratoire d'Expression Théâtrale. En 2019 Elizabeth Czerczuk reçoit, en récompense de son travail, la plus haute distinction de l'Académie Arts-Sciences-Lettres : la médaille de platine.

 

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